Dossier

L’art du drag sans âge

L’art du drag a l’avantage de ne pas être restreint par une limite d’âge. Cet art de la scène attire des gens de tous les horizons, qu’ils décident de commencer très tôt ou à un âge plus avancé. Afin de mieux comprendre les motivations qui poussent une personne à se lancer dans ce métier, je me suis entretenu avec une variété d’artistes, de Demone LaStrange et Néon, qui ont commencé à un jeune âge, jusqu’à Sally-D et Wendy Warhol, qui ont débuté tardivement, en passant par Barbada, qui perdure dans le métier depuis maintenant 15 ans. Ce dossier sert principalement à mettre l’accent sur l’absence de frontières imposées par l’âge, mais surtout de comprendre les raisons pour lesquelles ces personnes ont intégré leur alter ego dans leur vie.

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DÉBUT PRÉCOCE

 

DEMONE LASTRANGE

L’intérêt pour le drag existe dans l’esprit de Démone depuis bien longtemps. En effet, lorsqu’elle était en bas âge, l’un de ses films fétiches était La cage aux folles. Sa mère qui, à l’époque, confectionnait des costumes pour des amis drag, a pris le temps de lui expliquer ce que c’était et ce, malgré le jeune âge de Démone.

Le moment charnière dans la vie de Démone, là où l’idée de devenir drag-queen s’est concrétisée, est lors des célébrations de son 18ème anniversaire au Cabaret Mado. Ce n’est que l’hiver suivant qu’elle se lancera officiellement dans l’aventure en joignant la cohorte de Miss Cocktail au bar le Cocktail.

Démone prétend qu’à cette époque, elle se cherchait encore beaucoup dans l’élaboration de son alter ego. Or, Démone ne s’est pas lancée dans cet univers candidement. Démone traîne depuis sa tendre enfance un lourd bagage, marqué notamment par l’intimidation et la violence. Depuis qu’elle est toute jeune, son personnage se dessinait dans son esprit. Elle a depuis longtemps visualiser ce personnage qu’elle allait un jour endosser. Démone agit aujourd’hui comme un canalisateur de tout ce qu’elle a vécu de difficile. L’art du drag lui a permis de s’émanciper, de se délivrer d’une souffrance passée.

Avant de joindre les rangs de la famille Strange, en se faisant adopter par Rubi Strange, Démone portait le nom de famille LaSlave. Ce nom faisait référence à elle en tant qu’esclave, l’esclave des remarques de ses détracteurs. En optant pour la combinaison Démone, cet avatar qu’elle visualisait, jusqu’à l’idéaliser comme étant celui qui allait la sortir de sa torpeur, et LaSlave, Démone opposait à même son alter ego la souffrance du passé à sa force d’aujourd’hui. Un amalgame qui lui permet d’envisager sa vie actuelle d’un œil nouveau.

 

NÉON

Pour Néon, c’est lors de ses recherches dans le cadre de son baccalauréat international à l’École d’éducation internationale de McMasterville que l’appel s’est concrétisé. Comme bien des jeunes de sa génération, l’intégration à l’art du drag s’est faite par l’intermédiaire de RuPaul’s drag race. L’intérêt qu’elle portait pour cette populaire télé-réalité américaine l’a interpellé jusqu’à jalonner son travail final qui portait sur l’expression du genre par l’art.

Elle cherchait avec ce projet à joindre l’utile à l’agréable, c’est-à-dire d’assouvir à la fois sa curiosité sur ce milieu, lui permettant ainsi d’établir les contours de son personnage, tout en réalisant son ultime travail scolaire. Néon a voulu faire œuvre utile en proposant un spectacle qui réunissait pour l’occasion Carmen Sutra, Demone LaStrange, Denim Pussy, Kiara, Matante Alex, Mayhem, Wendy Warhol et Zinc afin de sensibiliser et d’informer le public sur la réalité drag avec des artistes locaux.

Cette initiative s’adressait principalement aux élèves de l’école, donc un public mineur. Ce qui est magnifique dans cette histoire est que les deux représentations ont été présentées à guichet fermé, ce qui témoigne d’une belle ouverture de tous les membres de l’école. Le profil de l’apprenant, défendu par l’EEI, propose notamment l’équilibre, l’audace et l’ouverture, des valeurs qui rejoignent Néon tant sur le plan personnel que professionnel.

Ses premiers pas officiels dans cet univers se sont faits lors du spectacle Tous âges présenté dans le cadre de Fierté Montréal l’été dernier. Plusieurs drags attendaient que Néon soit majeure afin de pouvoir l’embaucher. Celle qui lui aura donné sa première chance est nulle autre Rita Baga dans le cadre de son spectacle hebdomadaire Haus of Baga présenté chaque mardi au Cabaret Mado.

Ce qui est touchant avecce projet scolaire est que Néon s’est principalement basée sur les articles disponibles sur En mode drag. Néon s’est récemment entretenu avec Barbada lors dans le cadre de l’émission Format familial. Je vous invite à visionner l’extrait afin en d’en connaître davantage.

 

DÉBUT TARDIF

 

SALLY-D

Sally-D a connu un parcours en deux temps. Son intérêt pour le drag coïncidait avec son arrêt de consommation de drogues et d alcool. C’est ce qui l’a mené à l’époque à participer à un concours amateur animé par Gerry Cyr au défunt cabaret L’entre-peau.

La scène s’est révélée pour Sally-D comme une solution afin de compenser l’absence de buzz que lui procurait ses précédentes dépendances. À l’âge vénérable de 50 ans, Sally-D s’est inscrite à Miss Cocktail afin de répondre à son intérêt naissant. Cette initiative lui a permis de sortir de son quotidien, marqué par le fétichisme. L’appel de la scène lui a permis de sortir son fou et d’être créatif autrement.

L’homme derrière Sally-D est présent dans la communauté LGBTQ+ depuis les années 1980s. S’embarquer dans cette aventure s’inscrivait dans la même orientation que ce qu’il connaît et côtoie depuis tous ces années, c’est-à-dire l’aspect social et le contact avec le public.

Depuis ses deux participations à Miss Cocktail, Sally-D s’implique activement dans la communauté drag. En effet, elle a lancé au début du mois de février la soirée C’est juste lundi! – Place à la relève, une soirée réservée exclusivement aux drags qui en sont encore à leur début dans le métier afin de leur offrir une opportunité supplémentaire de performer et de surcroît, parfaire leur animation, puisque le modèle de cette soirée emprunte celui d’une soirée standard du bar le Cocktail.

 

WENDY WARHOL

C’est alors qu’elle était blogueuse que Wendy (Eva Pompidou à cette époque) s’est initiée à l’univers du drag, plus précisément lors de la soirée d’ouverture du festival St-Ambroise Fringe de Montréal lors de laquelle elle y a découvert la House of Laureen.

Rapidement, la House of Laureen l’a invitée à faire une performance dans le cadre de l’un de ses spectacles. Wendy est demeurée quelques mois sous les traits d’Èva à sortir voir des représentations de la House of Laureen.

Après un certain temps, par manque de référence en tant que femme drag, Wendy a transféré ses activités comme drag-king. Justin Tinderfake, le premier nom que son alter ego masculin portait, existait déjà auprès de la House of Laureen avant qu’il ne fasse ses preuves lors de la toute première édition de MX Fierté Canada. La suite des choses a déboulé trop rapidement avec un personnage en qui elle ne se reconnaissait pas en tant qu’artiste.

C’est à force de côtoyer d’autres femmes drag-queens telles que Daisy Wood, Miss Daniels Vyxen et Velma Jones que Wendy a revu son plan de match. Phoenix Vyxen s’est avérée d’une grande aide dans sa réflexion. Il n’en demeure pas moins qu’une certaine dualité subsistait dans son esprit puisqu’elle était consciente du succès que connaissant Justin et elle ne voulait pas à devoir tout recommencer et perdre ses acquisitions des mois précédents.

Wendy s’est rapidement raisonnée. Elle s’est rappelée ne s’être jamais réprimée en raison de son genre ou de son âge. Dans la même période de sa vie, Wendy s’est réorientée tant sur le plan professionnel qu’artistique. Elle est d’avis que l’âge ne doit pas être un facteur et qu’on peut continuer de se prouver même lorsqu’on a plus de 40 ans. Malgré son âge, elle conserve le même émerveillement qu’elle avait dans ses débuts. Elle partage également l’idée selon laquelle le fait de se tenir avec des gens plus jeunes garde jeune. Et la relève dans ce métier étant en continuelle mouvance, côtoyer des plus jeunes que soi n’est assurément pas un problème.

En ce temps de quarantaine, Wendy vous propose des performances chaque jeudi, en direct sur Youtube, Suivez-là sur Facebook et sur Instagram pour en savoir davantage.

 

PERDURER DANS LE TEMPS

 

BARBADA

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XOXO💋 #drag #wigs #makeup #performance #mystery

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Barbada célèbre cette année ses 15 ans de carrière. C’est à l’hiver 2005 que Barbada prenait part pour la première fois au concours Star search au Cabaret Mado. Depuis, sa carrière défile comme un vrai feu roulant.

Ce qui distingue considérablement Barbada de ses collègues est son ouverture. Elle essaie de ne pas dire non car elle ne sait pas ce que cette occasion peut lui apporter comme éventuelle opportunité. Elle se laisse surprendre par l’enchaînement des différents projets.

Par exemple, lors d’un mariage, Barbada y a fait la rencontre du célèbre Robert Lepage. La sœur de l’artiste multidisciplinaire, Linda, a bien aimé Barbada, alors elle l’a conviée au 60ème anniversaire de Robert Lepage. Convaincue de ce que Barbada pouvait offrir, la même Linda, qui siège au conseil d’administration des Grands deux Loto-Québec, a réussi à obtenir pour Barbada ce qui sera dans sa carrière son plus important et lucratif contrat au sein de cette organisation.

Comme Barbada le dit si bien, on ne sait jamais qui peut être là où on ne s’y attend pas. Cela a été une belle façon pour elle de poursuivre sa carrière, de perdurer dans le temps et surtout, de sa faire une réputation hors du village gai de Montréal.

 

Qu’importe le moment où l’on commence le métier de drag, il ne faut jamais oublier pour quelle raison on le fait. Chaque individu y trouve ses propres réponses car chaque parcours est unique. Autant nous souhaitons la longévité d’un artiste que nous apprécions, il faut savoir respecter le moment où celui-ci préfère se retirer Dans le même optique, il faut accueillir les personnes de tous les horizons pour intégrer cet art de la scène car on ne sait pas à quel moment l’appel va nous venir et ce que celle-ci vient y chercher. C’est ce qui définit la pléiade de styles auquel nous avons droit dans notre Belle Province.

L’art du drag a l’avantage de ne pas être restreint par une limite d’âge. Cet art de la scène attire des gens de tous les horizons, qu’ils décident de commencer très tôt ou à un âge plus avancé. Afin de mieux comprendre les motivations qui poussent une personne à se lancer dans ce métier, je… Lire la suite L’art du drag sans âge

Dossier

Rétrospective drag de la décennie 2010-2019

Comme la fin de l’année approche à grand pas et de surcroît, la décennie, j’ai voulu m’interroger sur le tournant important qu’a emprunté la communauté drag ces dernières années. Ce tournant s’est manifesté de différentes manières, que ce soit par la croissance de leur présence médiatique, la prolifération des bars qui présentent des spectacles de drags, l’éclosion de productions originales et j’en passe. Laissez-moi vous présenter 10 faits parmi les plus marquants que j’ai retenus pour vous afin d’illustrer mon propos.

 

L’ACENSION DE LA HOUSE OF LAUREEN

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Fondée en 2015 par Connie Lingua, la House of Laureen est aujourd’hui composée de Anaconda La Sabrosa, Biggs O’Toole, Dot Dot Dot, Noah Gahd, Selma Gahd et Uma Gahd.

La House of Laureen se définit comme « un groupe d’artistes de drag avec une conscience sociale et orienté vers la communauté d’ici pour divertir et provoquer l’apocalypse » (traduction libre à partir de la description sur leur page Facebook).

La house of Laureen est principalement établie au mythique Café Cléopâtre, où elle présente son spectacle mensuel Coven, mais également différentes soirées qu’elles ont instituées dont MX Queerdo ainsi que King of Kingz, animé par Biggs O’Toole et Charli Deville, gagnants du concours respectivement en 2017 et 2018.

Au fil des ans, la maison montréalaise s’est illustrée dans divers établissements et événements. Nous avons pu la voir au festival St-Ambroise FRINGE de Montréal, à Juste for laugh ainsi qu’au Centaur theatre en plus de voir certains de ses membres au Wiggle room, au Cabaret Mado ainsi qu’au bar le Cocktail, où Uma Gahd y présente son spectacle Church, dont la prochaine édition aura lieu le samedi 18 janvier, en plus d’y avoir coanimé les soirées de diffusion des émissions Rupaul’s drag race et RuPaul’s drag race UK.

Grâce à la présente soutenue de Uma Gahd au sein du village gai, cela a permis d’établir des ponts entre la communauté drag hors village et celle qui y est en place. Plusieurs drags moins connues dans le village ont une opportunité de pouvoir performer dans l’une des enceintes du village grâce à différentes initiatives de la House of Laureen dont Abby Long et Crystal Slippers.

Anaconda La Sabrosa et Uma Gahd furent de fières représentantes de la House of Laureen lors de l’édition all stars de Drag-moi. Pour sa part, Uma Gahd a réussi à se hisser en deuxième position dans le cadre de MX Fierté Montréal 2018, lui permettant ainsi de clôturer Fierté lors du T-dance en compagnie de LaDrag On-Fly et Tracy Trash qui complétaient le podium avec elle.

La House of Laureen fut l’hôte de plusieurs autres initiatives, je vous invite à visiter leur site internet d’y découvrir le large éventail de ce prolifique groupe qui ne cessera de vous surprendre dans les prochaines années.

 

LES TRIBULATION DES ÉTABLISSEMENTS QUI PRÉSENTENT DES SPECTACLES DE DRAG-QUEENS

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La dernière décennie a vu bon nombre de d’établissement offrir des spectacles de drags. Certains d’entre eux sont encore en activité alors que d’autres ont malheureusement fermé leurs portes.

Outre le Purple de St-Jérôme et les Grands-ducs de Wellington de Sherbrooke, deux bars établis en région qui furent contraints de mettre la clé sous la porte, le village gai est l’endroit où l’étau s’est plus resserré. Malgré le retour des spectacles de drags au complexe Sky et l’ouverture du District vidéo lounge, le village a surtout écopé en termes de pertes avec notamment la fermeture du mythique Drugstore en 2013, un prolifique bar qui fut une rampe de lancement pour plusieurs de nos drag-queens.

La fermeture du club le Parking qui a mené leurs propriétaires à concentrer leurs activités vers le nouveau club qu’ils ouvraient, l’Apollon, a échauder le paysage pendant un temps. Des difficultés ont mené à sa fermeture imminente avant de voir émerger différentes bannières dont la dernière à s’afficher sur l’enceinte du bâtiment historique situé au 1450 rue Ste-Catherine E. sera le club Play. Ce dernier a fait une place de choix aux drags au sein de son personnel.

La direction du complexe Sky a pris une surprenante décision il y a quelques années en mettant un terme aux spectacles de drags. Celles-ci sont revenus récemment sous une formule late night sous l’appellation Flashqueen que l’iconique drag de l’établissement, Emma Dejavu, mène désormais seule tous les jeudis soir.

L’Otre-Zone de Sherbrooke un parcours en montagnes russes malgré lui en raison de ces deux fermetures d’origine criminelle. Heureusement, le bar du giron de l’Estrie a réouvert dans la dernière année avec l’incomparable Rita Baga comme directrice artistique.

Le Drague de Québec qui régnait depuis des années à droit désormais à une seine compétition avec le St-Matthews qui tire son épingle du jeu et l’arrivée de la soirée Queen’s night qui démarrera le soir du réveillon du nouvel An à l’Anti bar & spectacle, menée par Nicky Gee.

L’éclosion du phénomène drags brunchs a mené à prolifération des spectacles de drags là où on ne les attendait pas :  le Grumman78, la Dînette à Mado et le Resto du village, pour ne nommer que ceux-là.

 

LA CROISSANCE DE LA PRÉSENCE DES DRAGS EN RÉGION

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Plusieurs occasions se sont présentées à nos drags pour aller faire des spectacles hors des grands centres. Des spectacles de drag-queens ont notamment été offerts à Joliette, La Baie, Rimouski, Rouyn-Noranda, St-Jean-sur-Richelieu et St-Jérôme. D’ailleurs, Rainbow a récemment annoncé, en cette période des Fêtes, qu’elle partira en tournée dans une dizaine de municipalités en 2020, suivant ainsi le pas à d’autres drag-queens qui l’ont déjà fait dont Dream, Michel Dorion ou encore, Océane.

Il faut mentionner également la présence de bars LGBTQ+ en région, notamment à St-Jérôme, avec le Purple, qui a permis à plusieurs drags de partout en province de venir y performer et de découvrir la talentueuse Lisa Santana, gagnante du Purple’s got talent qu’animait Rita Baga, ainsi que Sherbrooke, avec les Grands-ducs de Wellington et l’Otre-zone. Malheureusement, deux d’entre eux (le Purple et les Grands-ducs) ont fermés dans la dernière année.

Grâce à la directrice artistique aux Grand-ducs, Gina Gates, à la tête de la House of Gates, et différentes initiatives qu’elle a lancée dont Sherby drag race, le giron de l’Estrie a pu bénéficier pendant un temps d’une communauté de drags locales. Montréal a pu découvrir lors de la récente de Drag-moi l’une de ces ambassadrices, Samantha Barnack, qui a depuis migré vers l’Otre-Zone où elle y présente l’académie Baston Barnack avec son complice, Bô Baston.

 

LES SPECTACLES EXTÉRIEURS À GRAND DÉPLOIMENT

Le festival Divers/ Cité, hôte du mythique spectacle Mascara : la nuit des drags, a marqué l’imaginaire de bon nombre de spectateurs au fil des ans. Lorsque le festival a cessé ses activités, les regards se sont tournés vers Dream académie dans le parc, le projet que menait Dream en parallèle de ses soirées du dimanche au Cabaret Mado.

Avec le départ de Dream vers la vieille capitale, où elle est aujourd’hui animatrice maison au bar St-Matthews, Montréal perdait encore une fois un spectacle de grande envergure. Il devenait nécessaire de brasser les cartes et de proposer une nouvelle offre.

C’est alors que le spectacle Illusions a émergé. Un spectacle à grand déploiement mené par la légendaire Michel Dorion. Le spectacle ne cesse de grandir d’année en année. Depuis deux ans, il offre le volet drag challenge des célébrités auquel a déjà pris part Jean-François Breau, Geneviève Borne, PL Cloutier, George Laraque, Caroline Néron et Richard Z. Sirois.

Tel que mentionné précédemment, Mado Lamotte a également trouvé refuge au sein d’un nouveau festival qui lui accordé carte blanche dans son concept. Mado rime désormais avec Juste pour rire.

 

L’OUVERTURE À LA PLURALITÉ DES STYLES/ GENRES

En raison du succès de l’émission RuPaul’s drag race, l’image du drag s’est moulée pour le commun des mortels dans une image figée. Heureusement, au Québec, il existe une offre effervescente de drags. Grâce à diverses initiatives, ces drags ont réussi.e.s à trouver leur place. Même s’il reste du chemin à faire, disons qu’on s’attend à ce que celui-ci soit pavé.

La dernière saison de Drag-moi a été la plus prolifique en ce qui concerne les différents styles de drags. On peut penser notamment à Denim Pussy, Pythia ou encore Zénith.

Plusieurs drags de nos jours ne cherchent pas à être défini.e.s avec l’appellation « queen » ou « king » car ces termes sont trop restrictifs. Plusieurs abondent en ce sens dont Anaconda La Sabrosa, Dot Dot Dot, Heaven Genderfck, LaDrag On-Fly ou encore Matante Alex, qui abordent des personnages plus versatiles dans leur genre ou encore, comme on les surnomme, genderqueer, c’est-à-dire agenre.

Il fut une époque pas si lointaine où ces drags étaient contraint.e.s de performer dans des lieux plus underground, souvent hors du village. Heureusement, plusieurs soirées queer leurs ont ouvert leurs portes. Depuis, les mentalités tendent à changer et un certain renversement semble s’opérer, orchestré notamment par la House of Laureen qui grâce à certains de leurs membres, dont Uma Gahd, des ponts se construisent entre la communauté hors du village et celle qui y est en place.

En espérant que cela se poursuivre!

En demeurant dans ce créneau d’ouverture, la scène drag québécoise a rapidement fait la place aux bio-queens… qui n’aiment d’ailleurs pas qu’on les appelle ainsi puisqu’elles demeures des drags à part entière, nonobstant leur genre. C’est le personnage qu’elles défendent avant tout.

La première gagnante de Drag-moi, Mimi Fontaine, en était une. Il fallut toutefois quelques années avant que leur présence ne soit plus répandue. Aujourd’hui, nous avons notamment la chance de retrouver Daisy Wood, Lizzy Strange, Miss Daniels VyxenVelma Jones et Wendy  Warhol.

Grâce à la participation de Ladypoonana à la docu-série Ils de jours, elles de nuit, cette réalité à pu être expliquée et déconstruire à un plus large public, légitimant ainsi leur présence dans le paysage drag.

 

DRAG-MOI

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Cet automne marque la 11ème saison du populaire concours-école. Depuis son lancement dans la dernière décennie, par Marla Deer, le concours a vu éclore bon nombre d’artistes de grand talent tels que Bobépine, Heaven Genderfck, Prudence, Rock Bière, RV Métal ou encore, Velma Jones.

Le concept est demeuré le même au fil des ans, en perdant toutefois le volet école alors qu’à une époque, ceux et celles qui agissaient comme juges étaient également des professeurs dans différentes disciplines. Aujourd’hui, le concours se vit de manière plus autodidacte.

Son succès ne se dément, comme peut en témoigner le taux de participation record de près d’une trentaine de drags lors des auditons de la présente saison qui se sont tenues au mois de septembre dernier.

Depuis son lancement, nous avons eu droit à une saison « université », avec des drags déjà établies, ainsi qu’une l’édition all stars qui ont respectivement couronné Kitana et Ruby Lamotte.

 

LA PLACE DE LA COMMUNAUTÉ DRAG À JUSTE POUR RIRE

Avec la fin du festival Divers/ Cité et son spectacle phare Mascara : la nuit des drags que menait Mado Lamotte, il était nécessaire que la reine des nuits de Montréal trouve refuge ailleurs avec un spectacle de toute aussi grande envergure.

Une occasion en or s’est présentée pour Mado en 2013, année où elle a entamé l’animation de son spectacle Mado’s got talent au cœur du Quartier des spectacles. La formule du spectacle extérieur changera ces dernières années pour devenir Extravaganza. La récente édition de ce spectacle lui a d’ailleurs valu à Mado le prix coup de cœur du festival. Dans tous les cas, Mado a offert à nos drags locales une belle vitrine grâce à ce spectacle à grand déploiement.

L’arrivée de Mado à Juste pour rire permettra l’année suivante l’arrivée de La Tentation, un chapiteau dans lequel était présenté deux fois par soir des spectacles de drag-queens du Cabaret Mado en alternance.

Rita Baga mettra sur pied Strars : la nuit des sosies, un spectacle de personnification présenté en marge du festival dans le volet Zoofest. Pendant trois soirs, des drags se relaieront pour venir personnifier différentes stars de la chanson.

Depuis le scandale qui a éclaboussé Gilbert Rozon et l’empire qu’il a bâti, lié au mouvement #MeToo, le festival a changé de mains et la nouvelle administration cherche à s’ouvrir à la diversité, notamment avec la communauté LGBTQ+, par l’intermédiaire du volet Zoofest. C’est dans cette optique que plusieurs spectacles thématiques ont vu le jour l’été dernier dont le spectacle Ti-cuir, un hommage queer à Éric Lapointe, une compétition humoristique entre des humoristes et des drag-queens à la manière de La guerre des clans ainsi que les spectacles de la House of Laureen dans le volet anglophone du festival, soit Just for laugh.

 

PROLIFÉRATION DE LA PRÉSENCE MÉDIATIQUE

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L’effet RuPaul’s drag race n’y est sans doute pas étranger, mais disons que plusieurs de nos drags ont bénéficié dans la dernière décennie d’une belle tribune dans les médias.

Le docu-réalité Ils de jours, elles de nuit relayé sur ICI ARTV a sans doute été le moteur de cette locomotive. Cette dernière mettait en vedette Barbada, Rita Baga et Tracy Trash ainsi que Gabry Elle, Lady Boom Boom et Ladypoonana.

Nous avons pu notamment voir ou entendre nos drags telles que Barbada, Chouchoune, Krystella Fame, Mado Lamotte et Rita Baga à différentes émissions dont Bonsoir bonsoir, Le clan MacLeod, Deux hommes en or, On est tous debout, Tout le monde en parle, Un souper presque parfait ou encore Y’a du monde à messe. Nos drags ont également fait des passages remarqués dans le cadre d’émissions spéciales telles La guerre des clans et Max l’affamé en plus d’être à l’honneur dans différents reportages faisant mention notamment des spectacle Les reines de Noë ou Lit queen, le concours Karostar ou encore, sur la communauté drag à Sherbrooke.

Mais ce qui aura sans doute le plus marqué l’imaginaire est la statue de cire à l’effigie de Mado Lamotte au musée Grévin, le passage de Gabry Elle à La Voix cette année, une pléiade de drags dans le cadre de l’émission de fin d’année En direct de l’univers l’an dernier ainsi que la participation de Gisèle Lullaby au vidéoclip de Marie-Mai de sa chanson Oser aimer.

Plusieurss drag-queens ont lancé des chaînes Youtube ces dernières années dont Destiny, Rainbow et Sasha Baga ou des podcasts, comme l’ont fait Barbada et Gabry Elle avec Big, black & beautiful.

Gabry Elle a de plus animée l’émission de radio L’heure des divas sur les ondes de CKRL à Québec.

 

LA RENAISSANCE DES DRAG-KINGS

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Ces dernières années, la communauté drag a pu être témoin de la renaissance des drag-kings. Plusieurs ont vu le jour dont Bigs O’Toole, Charli Deville, Johnny Jones, Phoenix Inana LaBejia, Rock Bière, RV Métal & Will Charmer. Un groupe, appelé One erection, a même vu le jour avec certains d’entre eux.  Nous avons notamment pu les voir dans le cadre du spectacle extérieur Extravagaza que Mado Lamotte présente depuis deux été dans le cadre du festival Juste pour rire.

C’est lors de MX Fierté Canada en 2017 que nous avons vu les premiers drag-kings revenir à l’avant-scène puisque le concours était ouvert à tous les types de drags. Celui qui aura marqué la compétition et sans doute inspiré une relève à emboîter le pas est feu Justin Tinderfake, devenu Justin Sanity, avant qu’on ne le connaisse aujourd’hui sous l’identité de Wendy Warhol, une prolifique drag-queen.

Aujourd’hui, les drag-kings occupent une place importante dans la communauté. En effet, ils peuvent depuis deux saisons prendre part à Drag-moi, qui n’a d’ailleurs couronné que des drag-kings depuis leur éligibilité. Autrement, certains ont eu droit à un week-end au Cabaret Mado, la House of Laureen a mis sur pied le concours King of kingz présenté au Café Cléopâtre alors que Charli Deville présente Manspread, un spectacle mensuel consacré à cent pour cent aux kings.

Plusieurs ont pu prendre part à un numéro lors du spectacle Illusion mené par Michel Dorion alors que Charli Deville a eu droit à une place de choix lors de la mi-temps du spectacle Drag supertars, tous deux présentés lors de Fierté l’été dernier.

Rock Bière a eu droit à une belle couverture médiatique en raison de son spectacle à venir Rock Bière : le documentaire qui s’intéresse à la présence des femmes dans le milieu drag, donc de surcroît, les drag-kings. Les drag-queens étant plus mainstream, la réalité des drag-kings demeuraient encore dans l’ombre. Ce projet permettra d’établir un passage entre l’ombre et une certaine mise en lumière.

 

RITA BAGA

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Rita Baga est sans doute la drag-queen ayant le plus marqué la dernière décennie. Voici un survol, pas exhaustif à cent pour cent, mais qui relève tout de même les éléments clés.

Elle a obtenu sa première chance officielle en animation au Cabaret Mado suite au départ de Dream vers Québec en héritant de la soirée du dimanche, qui deviendra Bagalicious, qu’elle a animera pendant 4 ans. Le format de sa soirée est allé au-delà du Cabaret Mado en devenant un spectacle mensuel présenté au bar Le Drague de Québec. À l’automne 2018, Mado Lamotte lui fait l’honneur de lui céder sa mythique soirée du mardi. Rita Baga délaisse alors son animation du dimanche aux mains de ses amis, le trio formé de Gisèle Lullaby, Marla Deer et Tracy Trash. Les nouveaux mardis prendront le nom de Haus of Baga.

Nous avons également pu voir Rita Baga dans différentes émissions. Outre la docu-série Ils de jour, elles de nuit qui fut diffusé sur ICI ARTV, nous avons pu notamment la voir deux fois plutôt qu’une à La guerre des clans ainsi qu’à Bonsoir bonsoir, Max l’affamé et Salut, bonjour week-end en plus de l’entendre à l’émission radiophonique Le clan MacLeod.

Rita Baga marquera également la dernière décennie avec ses projets ambitieux.

En janvier 2017, elle lance le concours MX Fierté Canada, un concours pancanadien qui aura rallié plus d’une centaine de drags au pays. Elle récidivera les deux années suivantes en proposant une version locale, ouverte seulement aux drags du Québec. Ces différentes éditions auront couronné respectivement Barbada, Tracy Trash et Marla Deer. Sa notoriété lui aura permis de rallier des personnalités notoires pour joindre le panel de juges lors des dernières étapes du concours telles que Arianne Moffat, Laurence Nerbonne, Safia Nolin, Valérie Roberts ou encore les drags de RuPaul’s drag race Yara Sofia, Ivy Winters et Jiggly Caliente

C’est notamment grâce à Rita Baga que le concept du gala des drags a survécu au départ de Dream, celle qui tenait cet événement festif comme un produit dérivé de sa soirée Dream académie. Cette nouvelle mouture du gala, qui aura pris quelques temps avant de refaire surface, a permis de rétablir les ponts entre le Cabaret Mado et le bar Le Cocktail, les deux établissements où le gala a été présenté, à l’exception de la fois où il s’est déroulé au National, animé par l’humoriste de la relève Christine Morency.

Sa position à titre de responsable de la programmation de Fierté Montréal lui aura permis de se mettre à l’avant-scène lors d’événements d’envergures tels que la coanimation du spectacle phare Drag superstars présenté dans le cadre de Fierté, les spectacles de la mi-temps de ce dernier ainsi que l’édition hivernale au Casino de Montréal de ce même événement. En plus de ces spectacles, Rita Baga a partagé la scène aux côtés de Brooke Lynn Hytes et Derrick Barry lors de leur passage respectivement au Cabaret Mado et au bar Le Drague de Québec.

Rita Baga fut l’investigatrice de spectacles d’envergures dont Stars : la nuit des sosies, un spectacle de personnification, présenté en marge du festival Juste pour rire au Zoofest, ainsi que le spectacle A bloody valentine avec le candidat vedette de Dragula, James Majesty, présenté au Cabaret Mado un certain soir de St-Valentin 2018. L’hiver dernier, elle lança une tournée de spectacles, Les reines de Noël, une production musicale originale, avec plusieurs de ses consœurs, qui aura fait le tour de la province, de Montréal à Québec, en passant par Sherbrooke, Gatineau et Rouyn-Noranda.

Finalement, Rita Baga fut nommée directrice artistique de l’Otre-Zone, seul bar LGBTQ+ encore en activité à Sherbrooke, suite à sa réouverture dans la dernière année.

Avec son absence dans les dernières semaines, tout porte à croire qu’elle fera partie de la production de Drag race Canada relayé sur Crave l’hiver prochain… ce n’est pas rien!!

 

Comme la fin de l’année approche à grand pas et de surcroît, la décennie, j’ai voulu m’interroger sur le tournant important qu’a emprunté la communauté drag ces dernières années. Ce tournant s’est manifesté de différentes manières, que ce soit par la croissance de leur présence médiatique, la prolifération des bars qui présentent des spectacles de… Lire la suite Rétrospective drag de la décennie 2010-2019

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« L’appel » du drag avec 4 candidat.e.s de Drag-moi

Depuis son arrivée en ondes en 2009, la télé-réalité américaine RuPaul’s drag race nous confronte à un rapport idyllique du drag, nous faisant ainsi oublier les tenants et aboutissants du parcours que peut emprunter une drag-queen lorsqu’elle décide de se lancer dans ce milieu de plus en plus contingenté, non pas pour son accessibilité mais les occasions qui en découlent. Différentes institutions québécoises qui présentent des spectacles de drag-queens offrent depuis quelques années des concours qui font place à la relève tels que Dragwarts au bar Le Drague de Québec ou encore Miss Cocktail au bar le Cocktail, situé au cœur du village gai de Montréal. Dans le cadre de ce dossier consacré à « l’appel » du drag, j’ai décidé de m’entretenir avec des drag-queens issues de la présente saison de Drag-moi, un concours-école ouvert à la relève, relayé chaque mercredi depuis le début de l’automne. Afin d’orienter l’article vers une réflexion plus nichée, je me suis intéressé à des parcours atypiques. D’abord, avec deux concurrentes qui ont débuté leur carrière en région, soit Lisa Santana et Samantha Barnack, qui ont respectivement débuté leur carrière et St-Jérôme et Sherbrooke. Puis, je me suis intéressé à deux autres concurrentes qui ont fait le saut d’un autre art de la scène au drag, soit Lady Guidoune, icône de Gailaxie, et Zénith, danseur émérite de la communauté drag depuis plusieurs années. Je vous invite à découvrir le compte-rendu de mes entretiens avec ces artistes prolifiques qui concourent tous afin de remporter les grands honneurs de cette 11ème saison de Drag-moi.

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À lire aussi: Dossier – Les concours de drags et la place de la relève 

 

« L’APPEL » EN RÉGION – DE ST-JÉRÔME À SHERBROOKE

Tant pour Lisa Santana que pour Samantha Barnack, leur début dans ce milieu ne s’est pas opéré de manière conventionnelle.

En effet, Lisa a fait ses premiers pas officiels lors du concours Purple’s got talent, un concours de talent orchestré par le défunt Purple cabaret-spectacle-nightlcub de St-Jérôme. Sa première expérience, plus officieuse, a lieu dans le cadre d’un concours similaire mené par l’organisme Arc-en-ciel d’Afrique. Ainsi, Lisa a affronté toutes les étapes de ce concours jusqu’en finale dans l’optique de vivre l’expérience, comme une chose à faire dans sa bucket list, sans toutefois aspirer à en faire au-delà des limites du concours.

Compte tenu de la nature de son emploi civil à l’époque, elle ne pouvait pas se permettre de participer à ce genre de concours dans les grands centres. Elle trouvait que le faire à St-Jérôme lui accorderait une certaine sécurité.

Pour sa part, Samantha Barnack a fait ses débuts suite à une blague qui s’est retournée contre elle. Lors d’un événement, Samantha s’est présentée à une dame comme étant drag. Cette information ne sera pas tomber dans l’oreille d’une sourde puisque cette dernière contactera Samantha quelques mois plus tard afin de se produire lors d’un spectacle dans une salle underground à Sherbrooke.

Miss Fountain, présente dans la foule de cette soirée, élue miss personnalité du concours Sherby drag race, repèrera Samantha et la conviera à prendre part à ce même concours présenté au feu Grands-Ducs de Wellington.

Samantha sera entraînée rapidement dans un grand tourbillon qui ne lui laissera que très peu de temps pour se garder la tête hors de l’eau et ainsi pouvoir se faire une idée face à tout ce qui se passait. En effet, dans la même période, une équipe de Radio-Canada – Estrie viendra faire un reportage, elle sera l’une des têtes d’affiche d’un documentaire étudiant, on fera mention de son alter ego dans un article publié dans un journal local en plus de se joindre à une cohorte de consœurs venue présenté un atelier de « drag 101 » lors d’un cours à l’université.

Nonobstant la manière dont les choses se sont déroulées pour elles en début de carrière, elles sont conscientes de la force de leur personnage et de ce qu’elles cherchent à venir défendre avec celui-ci.

La victoire de Lisa au Purple’s got talent a réveillé son côté artistique, réprimé par le sérieux imposé par ses emplois civils. Inspirée par son numéro lors duquel elle s’était faite confectionner un costume par une femme d’origine gabonaise, Lisa a cherché à exploiter sa drag d’un point de vue culturel. Son nom de scène reflète également cet aspect puisque Lisa est la version féminine de son prénom alors que Santana fait référence à son nom de naissance, avant l’adoption.

Même son de cloche du côté de Samantha, dans le sens où le profil de son personnage est déjà défini. Désireuse de rester loin de la vulgarité, Samantha cherche davantage à mettre en lumière une parodie de la femme des années 1950s, une version extrême de la femme de maison parfaite. Elle cherche à rendre risible ce qui est attendue de la femme, arriver à en rire. Il y a dans son approche un côté féministe et revendicateur.

 

L’APPEL – DE L’IMPRO & LA DANSE AU DRAG

C’est à force de côtoyer des drag-queens sur une base régulière que Lady Guidoune et Zénith ont fini par se laisser tenter par l’expérience du drag. Étant membre de la Gailaxie, Lady Guidoune partageait la glace avec certaines d’entre elles dont Marla Deer et Tracy Trash en plus d’en côtoyer quelques-unes qui assurent l’animation lors des soirées de matchs. Pour sa part, Zénith a le loisir depuis prèes de 8 ans de fouler les planches avec bon nombre d’entre elles.

Avant d’être de la présente saison de Drag-moi, Lady Guidoune avait tenté l’expérience du drag au début de l’année à l’occasion de l’édition 2019 de MX Fierté Montréal. C’est sans prétention que Lady Guidoune a abordé ce concours. Elle cherchait surtout à se donner le coup de pied qu’il fallait avant d’aller de l’avant de manière plus officielle. Cette incursion lui aura prouvé que le drag pouvait s’insérer dans son horaire de fou. Il lui était nécessaire d’aller chercher la motivation nécessaire afin de défaire son symptôme de l’imposteur.

Autant Lady Guidoune que Zénith reconnaissent le bagage que leur art de la scène respectif leur a insufflé au fil des ans, à commencer par la confiance. Pour Zénith, ce n’est pas l’aspect scénique qui le rendait réfractaire à se lancer dans le métier, mais plutôt qu’il ne se reconnaissait pas dans l’offre qu’il y avait dans le village.

C’est en fréquentant des soirées queer hors du village que le déclic lui est venu, qu’il pouvait se lancer, ayant pour la première des référents qui l’interpellaient. Ces différentes sorties lui auront permis de définir les contours de son alter ego. L’idée d’un potentiel intérêt est né suite à la diffusion du premier défi club kid lors d’un épisode de RuPaul’s drag race.

À l’instar de Lisa et Samantha, leurs personnages ne se sont pas définis aussi rapidement. En effet, pour Lady Guidoune, elle a longtemps senti que son personnage se trouvait entre deux chaises, c’est-à-dire qu’il n’était jamais une version totale de Lady Guidoune, comme si son pendant masculin venait toujours interférer, ne laissant jamais la chance à Lady Guidoune de prendre toute la place qui lui revenait.

Du côté de Zénith, comme il le fut mentionné précédemment, les contours se sont définis rapidement, mais il restait encore des éléments à clarifier. Lors de son audition pour Drag-moi, on sentait encore une certaine recherche identitaire de la part de Zénith qui n’a pas tardé à s’essouffler au fil des semaines. Il était important pour lui de pas se souscrire à un genre en particulier. Il fallait qu’on lui accorde sa pleine liberté dans la fluidité des genres, c’est pourquoi il apprécie quand Marla présente les élèves comme des « créatures », ça fait moins restrictif.

 

Ce que j’ai pu retenir de mes entretiens auprès de Lady Guidoune, Lisa Santana, Samantha Barnack et Zénith est que l’appel est venu lorsqu’elles ont compris qu’elles avaient quelque chose à défendre. Cette pluralité des genres et cette diversité transparaissent plus que jamais dans la présente saison de Drag-moi, tant chez eux qu’auprès des autres candidats. Il s’agit de l’une des saisons les plus éclectiques où chacun arrive à faire une différence en lien avec une valeur profonde qui transparait dans pratiquement toutes leurs performances. Ces artistes sont les ambassadeurs d’un tourant majeur qui opère actuellement dans le milieu. Je leur souhaite tout le succès qu’il soit une fois que le concours sera terminé puisqu’ils ont tous et toutes leur place dans l’effervescente offre qui existe ici, chez nous.

Depuis son arrivée en ondes en 2009, la télé-réalité américaine RuPaul’s drag race nous confronte à un rapport idyllique du drag, nous faisant ainsi oublier les tenants et aboutissants du parcours que peut emprunter une drag-queen lorsqu’elle décide de se lancer dans ce milieu de plus en plus contingenté, non pas pour son accessibilité mais… Lire la suite « L’appel » du drag avec 4 candidat.e.s de Drag-moi

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La renaissance des drag-kings & leurs défis

Depuis les dernières années, la scène montréalaise jouit de la renaissance des drag-kings grâce à de fiers représentants qui ont su redorer l’image de cette profession laissée trop longtemps dans l’ombre. C’est dans le décor enchanteur du Café Reine Garçon, situé sur le Plateau-Mont-Royal, que Charli Deville, Will Charmer et Rock Bière m’ont donné rendez-vous afin de discuter de ce phénomène qui sévit dans l’univers du drag de manière positive. Je vous invite à prendre connaissance du compte-rendu de cet entretien.

À lire aussi: Entrevue avec Velma Jones & Justin Tinderfake – femme drag queen vs king

À lire aussi: On dira ce qu’on voudra: Comment les drag-kings subvertissent le patriarcat 

Avant toute chose, laissez-moi vous dresser un court portait des drag-kings qui ont collaboré à cet article.

 

CHARLI DEVILLE

 

C’est à l’issue du concours King of kingz, en 2018, que la carrière de Charli Deville a démarrée. Dès ce soir-là, Charli fut adopté par Uma Gahd, joignant du même coup les rangs de la House of Laureen, hôtesse du concours.

Charli s’était lancé dans l’aventure sans aucune attente. Sa participation au concours était non seulement sa première expérience scénique, mais également son premier contact avec l’univers des drag-kings. À sa grande surprise, la salle était comble au moment de concourir à King of kingz.

La suite des choses s’est présentée d’elle-même. À ce jour, Charli peut se targuer d’être à la barre de la seule soirée exclusivement dédiée aux drag-kings au Québec. À raison d’une fois par mois, Charli anime la soirée Man Spread au Wiggle Room.

Charli fut également retenu comme élève lors de la 10ème saison de Drag-moi au Cabaret Mado. L’été dernier, à l’occasion de Fierté Montréal, il eut la chance d’être l’une des têtes d’affiche du spectacle de la mi-temps de l’événement phare du festival, Drag Superstar, aux côtés de Rita Baga, Barbada & Jimmy Moore.

 

WILL CHARMER

Gradué de la 9ème saison de Drag-moi, Will Charmer a marqué l’imaginaire en devenant le premier drag-king à décrocher une place dans le populaire concours-école. Will a également marqué un grand coup en devenant le premier drag-king à s’être vu attribuer un contrat de fin de semaine au Cabaret Mado.

Rapidement, Will a trouvé refuge au sein de l’emblématique famille Deer en se faisant adopter par Marla Deer, gagnante la dernière édition de MX Fierté Montréal.

Ce qui interpella Will dans l’univers du drag est l’amalgame de tous ses intérêts, allant du théâtre à la création de concepts. Depuis peu, Will a migré vers la vieille capitale où il a la chance de performer au sein de l’équipe du bar Le Drague. Ce cabaret-spectacle met davantage de l’avant de grosses productions d’inspiration théâtrale ou de style musical que ses homologues montréalais.

Sa présence au bar Le Drague aura inspiré le jeune Penito à participer aux Auditions d’une star menées par Sitvy en tant que drag-king, ouvrant ainsi la voie à une relève locale.

 

ROCK BIÈRE

Issu de la même cohorte que Charli, Rock Bière marqua l’aventure Drag-moi en devenant le premier drag-king à mettre la main sur la couronne.

Il fut repéré par l’humoriste Thomas Leblanc lors de sa saison, le menant à participer à un hommage queer à Éric Lapointe intitulé Petit cuir dans le cadre du Zoofest en marge du festival Juste Pour Rire.

Innocent face à l’univers qu’il convoitait, Rock Bière a ensuite enchaîné les concours de drag-kings. En quête d’expérience, il prit part lui aussi à King of Kingz, la même année que Will Charmer, lors de laquelle Charli était juge, ainsi qu’à Sherby King Race au défunt Grands-Ducs-de-Wellington de Sherbrooke.

C’est un grand tourbillon qui a suivi sa victoire à Drag-moi. Rock Bière a notamment offert un numéro dans le cadre du spectacle-événement Illusion, chapeauté par Michel Dorion, lors de Fierté Montréal l’été dernier. Il fut également le premier drag-king, aux côtés de sa douce moitié, RV Métal, à offrir une prestation au camping Domaine de la Fierté, un camping exclusivement réservé aux hommes.

Il travaille actuellement sur un spectacle intitulé Rock Bière : le documentaire que nous attendons pour l’automne 2020. Un projet ambitieux pour lequel Rock a tenu une soirée de financement dans la dernière année.

 

LES OBSERVATIONS

L’art du drag-king se révèle plus autodidacte que ce ne l’est pour les drag-queens. D’abord, il y a peu de représentation locale de qui s’inspirer. Ceux qui ont débuté dans le métier ces dernières années agissent aujourd’hui comme références pour ceux qui suivront. Leurs récentes opportunités leur ont permis d’atteindre un statut plus mainstream, ce qui n’était pas le cas au paravent.

Parmi les autres difficultés rencontrées, on peut penser à la quasi absence de tutoriel sur internet. Toute la technique entourant les rudiments sur le makeup ou encore, savoir comment camoufler ses seins, se font par un système d’essais et d’erreurs. Afin de palier à cette lacune, Charli a commencé à offrir des vidéos sur YouTube dans l’optique d’aider son prochain.

Charli souligne que, comparativement à nos drag-queens locales qui souffrent de la comparaison grandissante de leur équivalentes américainse, en raison du succès de la télé-réalité RuPaul’s Drag Race, les drag-kings arrivent à s’en défaire. En effet, comme leur existence demeure plus méconnue, même à l’intérieur de la communauté au sein de laquelle ils évoluent, les comparatifs sont moins évidents.

Will nuance toutefois en soulignant que malgré tout, certaines attentes subsistent, notamment en ce qui concerne le look. Les drag-queens américaines ont imposé un certain standard duquel il est difficile de se défaire. L’un des défis qu’il a rencontré en début de carrière est la limitation de ses costumes. Il a rapidement senti le besoin de se grailler en ce sens afin de se prévaloir d’un plus large éventail de choix pour ne pas qu’on lui reproche d’être redondant. Wendy Warhol, feu Justin Tinderfake, l’a beaucoup aider à se ravitailler lorsqu’elle arrêter de faire du drag-king, chose pour laquelle Will lui est encore extrêmement reconnaissant.

Malgré les standards sous-jacents imposés par leur univers sœur, les drag-kings présents ces dernières années cherchent à ne pas se catégoriser dans un genre distinct et fermé. La soirée que mène Charli Deville est une porte ouverte à tous les types de drag-kings lors de laquelle ils peuvent flirter à la fois avec le politique, le burlesque ou encore l’androgynie.

La présence des drag-kings a proliféré au moment où ils ont été traités à leur juste valeur, c’est-à-dire plus que des featuring performance dans des numéros de drag-queens. Lorsqu’on reconnaît leur unicité et, comme le souligne Rock Bière, en considérant le renouveau du registre musical qu’ils insufflent, on remarque rapidement toute la pertinence de leur présence dans le paysage culturel.

Les drag-kings ont obtenu le support d’alliés forts tels que Mado, qui leur a non seulement ouvert la voie en leur accordant des contrats de fin de semaine, mais en leur offrant des opportunités d’envergures.

En effet, l’été dernier, Mado les a conviés à livrer un numéro lors de son spectacle Extravaganza présenté dans le cadre de Juste Pour Rire. Une communauté de drag-kings montréalais est réunie sous la bannière One érection, un groupe parodique dont le nom fait écho au groupe One direction, formé en alternance de Charli Deville, Will Charmer et Rock Bière, mais également de Johnny Jones, Miss Daniels Vyxen et Daisy Wood.

Autrement, la clé est de provoquer ses opportunités. C’est ce sur quoi Rock Bière mise et cela lui a rapporté. En tant que comédien de formation, c’est ce qu’il a appris. Il tend à appliquer cette réalité d’un univers à l’autre. Le pire qu’il puisse arriver est un refus, mais on ne pourra jamais lui reprocher de ne pas avoir essayé.

Il y a tant à dire sur le sujet… tout ce qu’on peut dire, c’est qu’on est bien content qu’ils soient de retour plus officiellement dans notre paysage culturel.

 

La prochaine soirée Man Spread – spéciale Halloween se tiendra le samedi 24 octobre au Wiggle room en compagnie de Denim Pussy, MX Macbeth, Natasha Nebila, Pythia & Uma Gahd.

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Charli Deville et Rock Bière vous attende le mercredi 2 octobre prochain avec les autres gradués de la 10ème saison de Drag-moi, Eva Moist, Kiara, Lana Dalida, Mademoiselle De, Manu Sirius & Matante Alex, avant le dévoilement des candidats de cette nouvelle saison.

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Par ici pour suivre sur Facebook…

Charli Deville

Will Charmer

Rock Bière

 

Crédit photo de couverture: Jihef photos

Depuis les dernières années, la scène montréalaise jouit de la renaissance des drag-kings grâce à de fiers représentants qui ont su redorer l’image de cette profession laissée trop longtemps dans l’ombre. C’est dans le décor enchanteur du Café Reine Garçon, situé sur le Plateau-Mont-Royal, que Charli Deville, Will Charmer et Rock Bière m’ont donné rendez-vous… Lire la suite La renaissance des drag-kings & leurs défis

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Vivre sa transition quand on est drag

Suite à une expérience concluante dans le cadre de l’événement GAYment à La Ronde où elle y performe la chanson Feedback de Janet Jackson, ce sera officiellement en 2011 que Sasha Baga démarrera sa carrière comme drag-queen au défunt Drugstore.  Près de 2 ans plus tard, Sasha est invitée en audition à Dream académie. Ce sera le début d’une longue histoire d’amour avec le Cabaret Mado qui ne dérougit pas. Après près d’une décennie à faire raisonner son nom sur la scène drag, la dernière année fut particulièrement gratifiante pour Sasha alors qu’elle complétait le podium lors de la dernière édition du concours MX Fierté Montréal en plus d’être retenue afin de joindre la troupe des Pussycat drags et d’avoir la chance de clôturer Fierté avec un numéro enflammé lors du T-Dance. Entre ce début de carrière et ces événements des derniers mois, Sasha a eu à composer avec sa dysphorie de genre, ce qui la mènera à entreprendre le processus de transition. Sasha a accepté de revenir avec moi sur les défis qu’elle a rencontré liés à sa transition alors qu’elle évolue en tant que drag-queen.

 

C’est en 1985 qu’un certain Benoît Boucher-Godmer voit le jour dans la charmante municipalité d’Amos en Abitibi-Témiscamingue. Dans une vidéo diffusée récemment sur sa chaîne Youtube Sashanel, Sasha révèle que son questionnement d’identité de genre date d’un bon moment déjà, mais que celui-ci fut réprimé en bas âge, sans toutefois que ce ne soit de mauvaise foi de la part de ses parents. Ce n’est qu’à ses débuts comme drag-queen que Sasha développe un engouement pour les vêtements féminins. En fait, dès l’adolescence, Sasha cesse de porter des pantalons pour garçons. Le fait d’être drag-queen le conforte dans ses choix vestimentaires, la rendant même plus à l’aise d’arborer certains looks jugés plus féminins dans sa vie de tous les jours.

 

En début de carrière, Sasha cherchait à avoir un personnage qui se distinguerait par sa féminité, pour qui le makeup serait plus atténué, moins marqué à gros traits. Le fait de se faire complimenter tant par ses consœurs de scène que le public accentuait cette volonté de demeurer dans cette veine. C’est à cette époque que le questionnement d’identité de genre a récidivé… mais cette fois-ci, il allait s’installer jusqu’à éclore officiellement en 2016, année lors de laquelle Sasha a entrepris les démarches en vue de sa transition.

 

Sasha a pris la décision audacieuse de prendre son nom de scène comme prénom usuel. Elle explique ce choix du fait que, depuis son début de carrière, ce nom, elle se l’est approprié. C’est grâce à Sasha Baga que Sasha Boucher-Godmer est devenue la personne qu’elle est. De cette manière, Sasha perdurera dans le temps et survivra au personnage de scène une fois que sa carrière sera terminée.

 

Ce choix lui aura fait réaliser la différence entre Sasha Boucher-Godmer et Sasha Baga. Elle s’en est servi pour établir qu’elles étaient désormais les limites que Sasha Baga ne pouvait plus franchir sur scène. Elle a trouvé l’équilibre entre elle et son alter ego.

 

Afin d’établir davantage la distinction entre elle et son personnage de scène, Sasha a redéfinit certains aspects de ce dernier. Elle aborde désormais son alter ego avec plus d’extravagance, elle lui fait prendre plus de risque, elle le rend plus comique, se risque davantage et s’amuse beaucoup plus avec son mekeup. Ces décisions étaient nécessaires car autrement, il y avait trop de similitude, tant dans l’attitude que dans les looks de l’une et l’autre.

 

Sasha aborde le drag comme un métier. Le fait d’être en transition n’allait d’aucune façon la faire arrêter. Évidemment, elle a rencontré des défis qu’elle a su surmonter et adapter. Au final, cela n’aura servi qu’à parfaire son alter ego et la rendre meilleure. Sasha est une artiste qui vit pour la scène, elle ne saurait s’en détacher. Il est essentiel pour elle de faire du spectacle car c’est son moteur, c’est lui qui permet de se challenger au quotidien.

 

 

Vous pouvez suivre Sasha Baga sur sa chaîne Youtube

Vous pouvez également suivre Sasha sur Facebook & Instagram.

Sasha sera à la barre de la soirée Sashalicious le jeudi 5 septembre prochain.

Suite à une expérience concluante dans le cadre de l’événement GAYment à La Ronde où elle y performe la chanson Feedback de Janet Jackson, ce sera officiellement en 2011 que Sasha Baga démarrera sa carrière comme drag-queen au défunt Drugstore.  Près de 2 ans plus tard, Sasha est invitée en audition à Dream académie. Ce… Lire la suite Vivre sa transition quand on est drag

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Drag race Canada

Depuis 2009, après 11 saisons régulières, l’émission RuPaul’s drag race continue d’attiser l’intérêt. En effet, depuis 2016, l’animatrice et investigatrice de cette télé-réalité d’envergure, RuPaul, a réussi un tour du chapeau en mettant la main sur 3 trophées Emmy en autant de nomination. Nous verrons cet automne si la tendance s’essoufflera… ou pas. L’annonce avait été faite qu’une version britannique verrait le jour, mais nous apprenions plus récemment que la chaîne en streaming Crave de la société Bell Média en collaboration avec Out.TV allait lancer prochainement une version canadienne intitulée Drag race Canada. Pour le moment, nous n’en savons que très sinon que la série se déclinera en 10 épisodes d’une heure. L’identité de la personne qui animera ainsi que les juges n’ont pas été divulgués. L’émission tournée à Toronto sera produite par Blue Ant Studios. Depuis maintenant 4 ans, j’ai la chance de couvrir l’univers du drag à Montréal, c’est pourquoi j’ai décidé d’offrir un petit diagnostic sur les chances qu’ont nos drag-queens locales de trouver leur place dans cette édition pancanadienne.

Avant toute chose, je souhaite que la version qui verra le jour chez nous sache faire la place aux différents types de drag-queens qui s’adonnent à cet art de la scène. La diversité est perceptible et ce serait dommages que la production se limite. Le piège dans lequel elle pourrait tomber est de sombrer dans un faible pastiche de ce qu’est la version originale sans prendre en considération la réalité d’ici et l’effervescente offre qui existe. Comme mon blogue ne ratisse pas aussi largement, je me contenterai de faire la promotion de celles qui proviennent de notre Belle Province car j’espère qu’elles occuperont une place de choix dans cette compétition colorée.

Plusieurs drag-queens établies qui travaillent depuis un bon nombre d’années méritent leur place dans cette compétition. On peut penser notamment à des légendes de la trempe de Michel Dorion ou Manny qui, après plusieurs décennies dans le métier, continuent de parfaire leur alter ego, de se tenir au goût du jour et de prendre des risques. On peut également penser à des piliers tels que Barbada, Tracy Trash et Marla Deer, toutes élues MX Fierté respectivement en 2017, 2018 et 2019. Ce sont des artistes créatives, audacieuses et travaillantes. Les efforts déployés par plusieurs de nos drag-queens afin d’élargir leur expertise au-delà de la scène comme l’ont fait Rita Baga, Miss Butterfly et Gisèle Lullaby avec notamment des productions originales hors de la communauté LGBTQ+ ou encore des chaînes Youtube méritent d’être souligner. Une fois la compétition terminée, on s’attend à ce que leur victoire ne se limite pas qu’à un titre, mais qu’il leur permettre de briser de nouvelles barrières. Ces drags ont déjà mis la table… accueillons le reste des convives. À ce propos, on salue l’annonce de Rita Baga à titre de collaboratrice à l’émission de fin de soirée estivale Bonsoir, bonsoir diffusée à ICI Radio-Canada télé dès le mois d’août ainsi que le passage remarqué de Barbada sur le plateau de Y’a du monde à mess chauffé par Christian Bégin sur les ondes des Télé-Québec.

Il faut aussi miser sur la diversité, permettre notamment à des drag-queens trans bourrées de talent telle que Sasha Baga d’avoir leur place, à des bio-queens qui ne cessent de surprendre comme Velma Jones et Wendy Warhol et même à des drag-kings dont plusieurs sont parvenu à redonner les lettres de noblesse à cette profession. On peut penser à Charli Deville ou encore Rock Bière. Il ne faut pas non plus avoir peur de faire place à des artistes marginaux ou ceux aux univers déjantés à l’image (tellement variée) de Heaven Genderck, Uma Gahd, LaDrag On-Fly, Petula Claque, Gina Gates ou encore Matante Alex. Des drags de relève pour qui leur jeune carrière ne laisse personne indifférente, de Kiara à Aizysse, en passant par Bobépine et Viola von Venom… plusieurs ont leur chance.

Si la version canadienne repose sur la même formule que la version américaine, il ne faudrait pas oublier parmi nos drags celles qui font preuve de polyvalence en s’adonnant à la coiffe de perruque ou à la confection de costume. Il nous faudrait alors des Peach, Ruby Doll ou Érica pour challenger les autres concurrentes avec des créations renversantes.

Si l’on s’intéresse à la polyvalence sous un autre angle, on pourrait le voir aussi du côté des talents artistiques divers que peuvent avoir les drags. Dans cette optique, on peut penser à des drag-queens comme Gabry Elle qui chante, ayant même été de la récente saison de La Voix à TVA, comme Rainbow qui fait flirtent avec le cirque et le burlesque ou encore Scarlett Business, une contorsionniste.

Différents défis de la populaire émission comme le traditionnel Snatch game, dont la formule a trouvé refuge jusqu’à la Fête Arc-en-ciel de Québec, nécessite d’avoir des drag-queens pour qui la comédie est une seconde nature. Les style d’humour sont tellement variés qu’on peut penser à bon nombre de nos drags telles qu’Anaconda La Sabrosa, Bambi Dextrous, Darleen, Kelly Torrieli, Kitana, Prudence, Sandy Hart et j’en passe.

Nous avons également un bassin de drag-queens qui provoquent « l’effet wow » dès qu’elles posent le pied sur scène que ce soit par leur makeup, leur prestance ou la magnificence de leur costume. En ce sens, je pense notamment à des drag-queens telles que Phoenix Vyxen, Krystella Fame, Adriana ou encore Peggy Sue.

Bref, je tiens à réitérer que je souhaite toute l’ouverture qui s’impose dans cette compétition… les drag-queens mentionnées précédemment ne sont que des exemples. Il y en a tant d’autres qui auraient leur place. Je ne suis pas la police du talent. MX Fierté et Drag moi all stars, notamment, ont démontrés qu’un contexte de compétition arrive à changer la donne et surprendre. Afin de ne pas influencer le regard que je pose sur nos drags locales, je ne suis pas intéressé plus qu’il ne le fallait au phénomène RuPaul’s drag race. J’ai toutefois accordé à ce qui se fait ici tout l’intérêt qui soit… ce dont je fais mention dans ce billet, je le pense vraiment. Quel que soit la représentation des drag-queens québécoises dans cette adaptation nationale, je serai à l’écoute.

Depuis 2009, après 11 saisons régulières, l’émission RuPaul’s drag race continue d’attiser l’intérêt. En effet, depuis 2016, l’animatrice et investigatrice de cette télé-réalité d’envergure, RuPaul, a réussi un tour du chapeau en mettant la main sur 3 trophées Emmy en autant de nomination. Nous verrons cet automne si la tendance s’essoufflera… ou pas. L’annonce avait… Lire la suite Drag race Canada

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Les drags à l’ère des médias sociaux

Depuis les dernières années, l’utilisation des médias sociaux est grandissante. La communauté drag n’y fait pas exception. Matante Alex, Uma Gahd et la gagnante du prix miss réseaux sociaux lors du récent gala des drags, Wendy Warhol, ont accepté de se prononcer sur l’impact et l’utilisation de ceux-ci dans leur carrière respective. De Facebook à Instagram, je décortique avec elles différents thèmes relatifs aux médias sociaux. Je vous invite à découvrir le compte-rendu de leurs réponses.

 

Toutes les trois faisaient déjà usage des médias sociaux avant d’entamer leur carrière comme drag. Matante Alex, par exemple, le faisait de manière récréative à l’adolescence. Elle utilisait Instagram afin de mettre de l’avant ses projets tel un portfolio virtuel. Son utilisation aujourd’hui n’a pas tellement changé si ce n’est un usage mieux calculé. Ainsi, elle peut prendre la distance nécessaire sur son travail et accueillir la critique afin de s’améliorer.

Toutes s’entendent pour dire qu’Instagram est le média social à exploiter car il repose sur le visuel et permet une meilleure diffusion dû à la régulation de son algorithme. Matante Alex et Wendy Warhol l’utilisent comme un vaste terrain de jeu dans lequel elles peuvent puiser leur inspiration. Comme le souligne Matante Alex, il ne faut toutefois pas sombrer dans la course aux followers en publiant continuellement, mais de plutôt opter pour du contenu de qualité, même s’il n’est pas régulier. En ce sens, Uma Gahd, en tant que productrice de spectacle, ajoute que dans son cas, il ne lui est pas nécessaire de ratisser aussi large. Avoir plusieurs followers implique qu’ils proviennent de partout à travers le monde. Si on prend les médias sociaux dans l’optique de s’en servir pour la promotion de spectacles, vaut mieux avoir moins de gens qui nous suivent, mais que ceux qu’on a soit le public ciblé. Étant consciente que les spectacles qu’elle propose sont présentés à Montréal, Uma Gahd cherche à contenir son audience.

Pour Wendy, Instagram l’a aidé à développer des looks et faire des rencontres. Elle rappelle d’ailleurs de ne jamais négliger l’aspect « social » d’un média social. Il faut prendre le temps d’interagir avec les autres : suivre et s’intéresser aux autres, aimer les commentaires, répondre aux abonnés tant dans les commentaires qu’en messages privés, etc. C’est grâce à ce vaste réseau que Wendy a récemment décroché une opportunité à Vancouver. C’est là d’ailleurs qu’elle y a faire la rencontre de celle qui deviendra sa mère drag, Mina Mercury. Elle accorde cette réussite aux médias sociaux sans quoi, cette rencontre n’aurait jamais eu lieu. Pour sa part, Matante Alex a réussi à obtenir la reconnaissance d’autres artistes à travers le monde sur ce qu’elle fait. Ce fut un facteur déterminant pour sa confiance qui, grâce à cela, a pris du galon. Cela lui a permis de se dépasser et de pousser son art plus loin, d’être plus créative et d’oser davantage. Grâce à cette confiance, elle a pu collaborer avec les drags Yuhua Hamasaki de RuPaul’s drag race et Victoria Elizabeth Black de Dragula lors de leur passage à Montréal.

De son côté, Facebook semble de moins en moins populaire si ce n’est que pour la promotion. Wendy est active sur plusieurs plateformes et questionne encore sa présence sur Facebook et Twitter. Tout au long de leur entretient, tant Matante Alex, Uma Gahd que Wendy Warhol ont venté les avantages d’Instagram. Uma Gahd reconnaît toutefois à Facebook l’accessibilité qu’elle peut avoir avec son auditoire, interagir avec eux. Comme la House of Laureen de laquelle elle fait parti est activement présente hors du village gai de Montréal, il lui est important d’assurer une présence accrue sur les médias sociaux de toutes les manières possibles. Pour Uma, Facebook est l’endroit où on peut se tenir à l’affût de ses dates de spectacles alors qu’Instagram sert essentiellement à promouvoir ses looks.

L’ascension des médias sociaux est fulgurante et pour quelqu’un qui commence, dont la réputation n’est pas aussi établie, peut trouver cela vertigineux. Dans tous les cas, pour Matante Alex, la gestion des médias sociaux doit demeurer quelque chose de plaisant, qu’il ne s’agisse pas d’une corvée. Il est important d’être sur les médias sociaux afin de garder une certaine image, connecter avec le public et diffuser son travail. La place des médias sociaux occupe un espace différent pour chacune. Chaque artiste a ses besoins, il ne faut pas juger son voisin en fonction de ses aspirations personnelles. La cadence à prendre lorsqu’on embarque dans la machine des médias sociaux n’est pas facile, il faut donc y aller à son rythme.

Évidemment, il y a des pièges à éviter. Il est facile d’y prendre goût et de sombrer, limite en devenir obsessif. Toutes les trois s’entendent pour dire d’éviter de se payer des followers. Comme Wendy le souligne, cela peut facilement discréditer tout le travail encouru. Selon Matante Alex, il faut avoir des contacts sincères avec ses abonnés. Pour sa part, Uma reconnaît l’avantage des médias sociaux, mais de ne pas l’aborder comme une finalité.

Bref, il faut savoir faire bon usage des médias sociaux. Pour Matante Alex, les médias sociaux servent à contrer le manque d’inspiration. Elle suggère d’oser, du publier sans avoir peur d’être jugé. Les gens adhèrent davantage quand ils peuvent suivre l’évolution d’un artiste, d’apprécier le chemin parcouru. Uma vous lance d’ailleurs l’invitation, de remonter le fil de ses publications Instagram et de voir l’évolution entre ses débuts et maintenant. Dans tous les cas, il faut proposer du contenu de qualité. Wendy Warhol rappelle de pas négliger l’aspect social : créer une relation avec son public. Il ne faut pas voir les médias sociaux simplement comme un concentré de publicités. Wendy entretient une étroite relation avec son fan base qui, pour sa part, lui reconnaît cette proximité.

 

Vous pouvez suivre Matante Alex

 

Vous pouvez suivre Uma Gahd

Vous pouvez suivre la House of Laureen

 

Vous pouvez suivre Wendy Warhol

 

 

 

 

Depuis les dernières années, l’utilisation des médias sociaux est grandissante. La communauté drag n’y fait pas exception. Matante Alex, Uma Gahd et la gagnante du prix miss réseaux sociaux lors du récent gala des drags, Wendy Warhol, ont accepté de se prononcer sur l’impact et l’utilisation de ceux-ci dans leur carrière respective. De Facebook à… Lire la suite Les drags à l’ère des médias sociaux

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La représentativité des drags dans les médias

Depuis l’éclosion de RuPaul’s drag race ces dernières années, les drags arrivent à occuper une place plus importante hors des bars. Barbada est l’une de celle qui, dernièrement, a eu le plus la chance de représenter la communauté du drag dans les médias. Malgré sa notoriété locale, celle de la communauté LGBTQ+ et du village gai de Montréal, propulsé entre autres par sa participation au docu-réalité Ils de jour, elles de nuit et sa victoire à MX Fierté Canada, c’est surtout pour sa participation à L’heure du conte dans les bibliothèques municipales qui l’a notamment menée sur le plateau de 2 hommes en or aux côtés des animateurs Patrick Lagacé et Pierre-Yves Lord. Outre cette entrevue, Barbada a également participé à plusieurs projets dont un segment à l’émission Format familial, des participations à ICI Première ainsi que des collaborations aux podcasts du youtuber PL Cloutier. D’après les expériences médiatiques de Barbada, j’ai voulu approfondir avec elle ce qui, à son avis, encourage les médias à vouloir maintenant faire appel davantage aux drags.

Même si c’est la lecture de contes aux enfants qui a intéressée l’équipe derrière 2 hommes en or, Barbada demeure grandement impliqué dans des projets hors des bars. Elle anime notamment des mariages, des anniversaires et autres événements en contrats privés. Cet été, par un heureux concours de circonstance, Barbada a croisé la route de la sœur de Robert Lepage, ce qui lui a permis de se retrouver à travailler tout l’été aux Grands feux Loto-Québec.

Barbada est d’avis que c’est ce genre d’occasions qui vont permettre aux drags de s’illustrer dans les médias. Malheureusement, les spectacles à grand déploiement opérer par une drag-queen comme c’est souvent le cas au Cabaret Mado et au bar le Cocktail, ce n’est pas ce qui attire l’œil des médias. Le moment de l’année où les drags sont le plus mis de l’avant est lors de Fierté grâce, notamment, au spectacle-événement Illusion et la course capotée. Ayant réussie de s’extirper des bars, Barbada a su trouver une façon de s’illustrer en dévoilant l’art du drag sous un nouvel angle.

Mado, Jimmy Moore et Barbada sont parmi celles à s’être risquer à présenter un spectacle dans une grande salle, le Gèsu, pour ne pas la nommer. Michel Dorion a même déjà présenté un spectacle hommage à Céline Dion à la Cinquième salle de la Place-des-Arts. On peut compter également Rita Baga qui n’a jamais eu peur de voir grand. Il y a quelques étés, elle présentait un spectacle de personnification au Monument national dans le cadre du Zoofest. Il s’agit dans tous les cas d’occasions idéales pour attirer les médias. Dans ce même ordre d’idées, Rita Baga présentera un nouveau spectacle, Les reines de Noël, réunissant une pléiade de nos drag-queens locales, en tournée à Montréal, Québec, Sherbrooke, Gatineau et Rouyn-Noranda du 5 au 16 décembre. Je souhaite ardemment qu’un projet aussi ambitieux qu’une comédie musicale écrite par une drag-queen, interprétée par des consœurs et qui accueille un band sur scène vienne attiser la curiosité des médias.

Il est vrai qu’il est dommage qu’on ne cherche pas davantage à démystifier l’art du drag dans sa forme primaire, d’où elle est née, mais qu’on s’attaque plutôt vers où elle s’en va. Dans l’œil du public, plus largement, cela causera une certaine incompréhension et viendra sans doute nourrir les préjugés. Lorsque le Journal de Montréal a relayé l’information selon laquelle une drag-queen allait faire la lecture de contes à la Bibliothèque et Archives nationales du Québec, les gens se sont mis à se ruer de commentaires désobligeants sans même jamais avoir assisté à la séance, mais surtout par préjugés stéréotypés faute de connaissances.

Une institution aussi importante que la BAnQ ne ferait pas appel à une drag-queen sans être en connaissance de cause. Barbada jouit d’une crédibilité du fait qu’elle soit enseignante au primaire et délégué syndical sous ses traits de « lui ». Au lieu de s’insurger face aux grands titres d’un média, le lecteur devrait aller plus loin et comprendrait mieux. Son parcours professionnel fait de Barbada une oratrice incroyable, capable d’articuler sa pensée, nuancer ses propos et s’exprimer fièrement. En ce sens, l’entrevue de Barbada a 2 hommes en or mérite qu’on y jette un œil.

Barbada n’est pas la seule drag-queen qui sache rendre justice à cet art de « l’ombre ». Grâce à ces personnes, l’art du drag trace tranquillement son chemin vers la lumière et bientôt, espérons-le, il ne sera tabou qu’envers ceux qui ne désirent véritablement aucune ouverture. D’ici là, il faut continuer à encourager nos drag-queens locales, et pas seulement lorsqu’elles sortent des bars. Il faut mentionner que tous ce qui fut énuméré précédemment n’est qu’à titre d’exemples et ne représente qu’un échantillonnage de tout ce qui est proposé.

 

Barbada sera de toute la tournée Les reines de Noël.

Elle anime tous les jeudis aux côtés de Gabry Elle la soirée Big, black and beautiful au bar Le Drague de Québec

Elle anime un samedi par mois Drôle de drags au bar le Cocktail.

 

Pour voir l’entrevue de Barbada à 2 hommes en or

Pour voir le segment de Barbada à Format familial

Pour voir les collaborations de Barbada aux podcasts de PL Cloutier

Pour suivre Barbada sur les médias sociaux : Facebook & Instagram

Pour en savoir davantage sur Barbada, visitez son site internet

Depuis l’éclosion de RuPaul’s drag race ces dernières années, les drags arrivent à occuper une place plus importante hors des bars. Barbada est l’une de celle qui, dernièrement, a eu le plus la chance de représenter la communauté du drag dans les médias. Malgré sa notoriété locale, celle de la communauté LGBTQ+ et du village… Lire la suite La représentativité des drags dans les médias

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Hors série |KINK: Au-delà du BDSM

La relation intrinsèque qui unie le BDSM (bondage, domination, sadisme, masochisme) au théâtre fut la porte d’entrée afin d’exploiter l’un par l’intermédiaire de l’autre. En effet, Pascale St-Onge et Frédéric Sasseville-Painchaud, eux-mêmes adeptes de ces pratiques sexuelles, ont vu en la notion de spectateur une niche vers laquelle se tourner afin de démystifier et détabouiser le BDSM. En effet, le BDSM n’existe pas sans consentement. À leurs yeux, le consentement au théâtre existe dès l’achat du billet. Grâce à leur création, KINK, présentée à l’Espace libre du 18 au 27 octobre, Pascale et Frédéric tentent de créer une ambiance en vase clos qui permet d’établir un lien entre ce que leur proposition scénique suggère et chacun des spectateurs dans la salle. Je vous invite à découvrir le compte-rendu de mon entretient avec Pascale et Frédéric sur leur approche unique pour parler du BDSM.

Il y a maintenant un peu plus de 3 ans, j’ai mis sur pied ce blogue afin de décortiquer l’art du drag. Cette tribune devint ma manière de mettre en lumière un univers connu, mais à la fois méconnu. Il s’agissait d’une manière de présenter une réalité pourtant bien établie, mais dont la représentation grand public repose essentiellement sur des idées préconçues et dépassées. Pascale et Frédéric ont trouvé grâce au théâtre une manière similaire de procéder afin de déconstruire les mentalités stéréotypées du BDSM à travers leur propre expérience. Le spectacle KINK se divise en trois temps. La première repose sur des épisodes vécues par nos deux protagonistes alors qu’ils s’initiaient aux plaisirs du BDSM. La seconde partie abonde en ce sens, mais est présenté davantage comme une suggestion afin de permettre aux spectateurs de se mettre en scène et de créer leur propre scénario. Le spectacle se conclut sur une version réinventée du classique Le petit chaperon rouge dans laquelle les rôles de pouvoir s’échangent entre le loup et le petit chaperon rouge.

Une telle initiative théâtrale ne peut exister sans de solides bases. L’essentiel de leur proposition artistique repose sur le lien de confiance qui doit s’installer entre eux et chacun des spectateurs. Cette connexion intime assure un climat de sécurité et de bienveillance de part et d’autre du quatrième mur.  Dans ce projet, le spectateur assure un rôle, sans doute le plus important : celui de voyeur. Le spectateur demeure donc actif. Non seulement l’objectif est de lui faire porter une réflexion sur sa propre vie sexuelle, mais également, de fil en aiguille, de le mettre suffisamment à l’aise pour le rendre participatif à l’action. En effet, tout au long du spectacle, le leitmotiv « veux-tu jouer avec moi ? » raisonnera. Les spectateurs auront lors de la représentation deux occasions pour se joindre à l’action. Leur implication s’axera surtout comme celle d’un dominant. L’optique n’est pas de mettre qui que ce soit mal à l’aise. Le spectateur demeure libre de ses choix. Ultimement, le but est d’en arriver à nommer son désir et non pas d’en avoir peur.

 

Et qu’en est-il du drag ?

Comme mon blogue porte sur les drag-queens, je ne pouvais pas passer à côté d’une petite comparaison entre l’art du drag et l’approche envers le spectateur de la pièce KINK puisque ceux-ci abordent d’étroits liens. Le drag est un art de l’émerveillement à travers lequel le spectateur joue un rôle crucial. Il est très important que ce dernier manifeste sa présence et sa satisfaction. De plus, il doit être ouvert à ce que l’action sur scène se transpose dans la salle puisqu’au final, il s’agit d’un immense terrain de jeu. Jusqu’où un spectateur a-t-il accordé son consentement en prenant place dans le public ? Il va de soit que la réalité des bars ne permet pas réellement d’établir un lien de confiance comme c’est le cas dans KINK.

Toutefois, le drag étant maintenant plus mainstream, les drag-queens sont appelées à sortir des bars pour faire des événements corporatifs, des mariages ou mêmes, des lectures de contes aux enfants. Dans ce contexte où l’on sort le personnage de son « milieu », ce n’est plus le spectateur qui doit apprivoiser la drag-queen, mais celle-ci qui doit apprivoiser le public. Cette inversion des rôles apporte une nuance dans la notion de consentement chez les drags. Barbada, par exemple, qui fait la lecture de contes à des enfants dans des bibliothèques municipales doit non seulement mettre en confiance les enfants, mais également les parents qui viennent assister, afin de déconstruire le mythe entourant son travail.

 

Dans un cas comme dans l’autre, il faut déboulonner les mythes. Chaque occasion est pertinente et s’inscrit dans un processus de conscientisation collective. La pièce KINK est une opportunité de découvrir le BDSM sous un autre jour, au-delà de l’iconographie véhiculée, à travers l’expérience personnelle des créateurs. Le spectacle est construit de manière à ce que le spectateur prenne conscience que, comme toute chose, il y a un éveil et que celui-ci n’arrive pas du jour au lendemain. Il y a un processus qui s’installe, puis petit à petit, on découvre. Ce processus se développe avec ses hauts et ses bas afin de connaître nos limites. Finalement, rappelons-le, il faut arriver à nommer son désir… mais surtout, de se respecter.

 

KINK – Présentée du 18 au 27 octobre à l’Espace libre

Visitez la page web de la pièce pour en connaître davantage sur le spectacle et la terminologie liée au BDSM.

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Hors série | L’ère Rita Baga

Le 7 septembre 2014, Rita Baga fut choisie afin de reprendre le flambeau des soirées du dimanche au Cabaret Mado suite au départ de Dream vers la vieille capitale. Le mandat était d’envergure puisque depuis les 8 années précédentes, le dimanche portait la signature de Dream. Rita Baga a rapidement imposé le ton qu’elle voulait donner aux dimanches : une soirée plus house durant laquelle les gens bougent et que le fun soit au rendez-vous. Bagalicious a connu certaines transformations au fil des ans afin de se raffiner davantage et de répondre aux attentes du public. Rita Baga cède désormais sa soirée à des collègues qu’elle estime, mais surtout des amies, soit Gisèle Lullaby, Tracy Trash et Marla Deer. Cette passation symbolise la confiance qui fut accordée à Rita Baga puisque, après 30 ans d’animation le mardi, dont 16 depuis l’ouverture du cabaret, Mado lui cède les reines de la soirée qui l’a vu naître. En moins d’une semaine, Rita Baga faisait le deuil de 4 années d’animation du dimanche et devenait l’emblème du renouveau avec la reprise de la formule du mardi. Je vous invite à revisiter le parcours de Rita Baga ces dernières années à travers mon œil afin de vous illustrer que l’ère Rita Baga est bel et bien réel.

Tout comme en télévision, il est difficile de faire perdurer un concept. Le public est nostalgique, en effet, mais se tanne rapidement. Il est important de renouveler l’offre pour le garder accrocher. La force de Rita lors de ses 4 années aux commandes du dimanche fut d’avoir été à l’écoute de son public et d’adapter sa soirée en fonction de ses goûts, sans toutefois dénaturer le style ni la formule. Le Cabaret Mado a enregistré un taux d’entrées avoisinant les 350 personnes dimanche dernier, démontrant certainement le succès qu’ a connu Bagalicious auprès du public.

Les 4 années où Rita Baga fut à l’animation du dimanche coïncidait avec l’éclosion de celle-ci un peu partout. Les projets ne cessaient de pleuvoir pour celle que l’on s’amuse à surnommer « l’enfant chérie du village ». Rita Baga a eu la chance d’être l’une des drag-queens séniors dans le cadre du docu-réalité Ils de jours, elles de nuit relayé sur ICI ARTV, d’animer le spectacle Drag superstars lors de la 1ère édition de Fierté Canada à Montréal, d’être la tête d’affiche du spectacle de clôture du méga T-Dance en 2016, de présenter le spectacle Stars – La nuit des sosies au Monument national dans le cadre du Zoofest, d’offrir un spectacle spécial pour la St-Valentin avec James Majesty, A bloody valetine, d’animer le spectacle Drag superstars – édition hivernale au cabaret du Casino de Montréal et de prendre part au spectacle de la mi-temps du spectacle Drag superstars aux côtés de Michel Dorion, Manny, Miss Butterfly et Franky Dee cette année lors de Fierté Montréal en plus d’avoir mis sur pied le plus gros concours de drags au Canada avec MX Fierté et d’avoir ressuscité le gala des drags dans une formule revampée en collaboration avec le bar le Cocktail… et j’en passe.

Toutes ces réalisations témoignent sans contredit que Rita Baga est l’une des grandes parmi les grandes. La décision de Mado de céder sa convoitée soirée du mardi à Rita Baga est loin d’être un pari risqué. Déjà la soirée d’hier où la passation de la clé du mardi s’est faite mettait la table sur l’ambiance qui va régner lors de ces soirées. Elle-même nostalgique, Rita Baga a profité de la popularité du mardi pour ramener des éléments qui ont faits les beaux jours à ses débuts dont le bar à shooter. Des nouveautés débarquent également, on peut penser au nouvel éclairage qui surplombe la salle, l’absence de tables pour conserver une ambiance plus festive, une équipe renouvelée à chaque semaine, des shooter girls invitées ainsi que des DJs de renoms dont certains n’ont jamais mis les pieds au Cabaret Mado ou même, dans le village. À son image, le public a été sollicité tant dans les suggestions pour donner une nouvelle touche à la soirée que pour le nom des nouveaux mardis. À ce propos, elle n’a pas encore trouvé la perle rare. Cette initiative a fait l’objet d’un concours sponsorisé sur la page du Cabaret Mado. Les suggestions qui s’y trouvent méritent un petit 5 minutes pour aller en faire la lecture histoire de rigoler un bon coup.

Je vous invite à suivre Rita Baga dans sa nouvelle aventure tous les mardis dès 22h45. Pour connaître ses autres projets, vous pouvez la suivre sur instagram et Facebook.

 

Le 7 septembre 2014, Rita Baga fut choisie afin de reprendre le flambeau des soirées du dimanche au Cabaret Mado suite au départ de Dream vers la vieille capitale. Le mandat était d’envergure puisque depuis les 8 années précédentes, le dimanche portait la signature de Dream. Rita Baga a rapidement imposé le ton qu’elle voulait… Lire la suite Hors série | L’ère Rita Baga