Dossier

L’apport de la famille

Nous reconnaissons à l’art du drag toute une généalogie qui agit comme un système de mentorat. Mais qu’en est-il de l’apport de la véritable famille? Au fil de mes entrevues ces dernières années, je me suis aperçu que certaines drags jouissaient d’un support privilégié de la part de membres de leur parenté. L’implication de ceux-ci se manifestent sous différentes formes, allant de l’achat de morceaux de costumes à des performances sur scène. Afin d’apporter un éclairage sur ce large spectre sous lequel se manifeste ce soutien familial, je me suis entretenu avec quatre artistes de la communauté qui en ont bénéficié dans leur carrière, soit avec Bobépine, Marla Deer, Rock Bière et Scarlett Schatzi.

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À lire aussi: ENTREVUE | La relation père-fils entre Steve & Bobépine

 

LE COMING OUT DRAG

Malgré l’explosion ces dernières années du terme « drag » dans le jargon plus mainstream, il n’en demeure pas moins qu’une vaste majorité de la population ne comprend pas nécessairement tous les rouages rattachés à cette profession, causant ainsi un certain recul à quelqu’un qui pratique le métier quand vient le temps de l’annoncer à son entourage. Par manque de connaissances, les gens associent parfois l’art du drag au travestissement – travestie étant même un terme longtemps employé pour désigner une drag-queen – ou à la dysphorie de genre. Dans ces circonstances, parler d’un coming out drag est tout à fait légitime car il fait appréhender toutes les réactions possibles que l’entourage pourrait avoir en lien avec cette annonce.

Tant pour Bobépine, Scarlett et Marla, leur coming out comme homosexuel s’est somme toute bien passé. Cela fut le premier pas vers la bonne voie afin d’avoir le soutien de leur famille lors de leur coming out comme drag-queen. Dans ce cas-ci, le seul qui eut à composer avec une certaine inquiétude est Rock Bière. Heureusement, le vent a tourné assez rapidement et c’est plutôt le processus inverse qui s’est produit, c’est-à-dire que son coming out drag a aidé ses parents à accepter celui lesbien. Le désir des parents de Rock de comprendre ce dans quoi il allait s’impliquer les a fait l’accompagner jusque dans les bars où il performait, les emmenant à côtoyer de près la communauté LGBTQ+, ce qui leur a permis de mieux comprendre la réalité dans laquelle évoluait leur enfant.

 

L’APPORT FAMILIAL

La mère de Scarlett s’est impliquée auprès d’elle comme elle l’avait fait dans les autres sphères artistiques dans lesquelles Scarlett s’était impliquées. Jusqu’à maintenant, aucunes d’elles n’avait su la contenter comme l’art du drag a réussi à le faire. Connaissant bien son enfant, la mère de Scarlett savait que lorsqu’elle se sentirait confortable dans quelque chose, ça allait coûter cher. C’est d’abord dans cette optique que son implication s’est manifestée auprès de son enfant. C’est dans la nature de Scarlett, lorsqu’elle est passionnée par quelque chose, elle investit, de toutes les manières.

Heureusement, Scarlett ne s’est pas lancée dans cet univers aveuglément. Elle a pris un bon deux ans afin de procéder à une sérieuse analyse avant d’aller de l’avant. Lorsqu’elle prit enfin la décision de plonger, sa mère s’est assurée de la sensibiliser sur l’investissement que cela pouvait représenter. En contrepartie, la mère de Scarlett s’est révélée particulièrement généreuse comme s’il s’agissait de la « fille qu’elle n’a jamais eue ».

Autant pour la mère que le père de Scarlett, ils ont rapidement compris l’aspect artistique du drag. C’est d’ailleurs le père de Scarlett qui lui a acheté sa première paire de seins en silicone. Du côté de la mère de Scarlett, elle est même allée jusqu’à s’impliquer dans la confection de costumes. Leur présence s’est manifestée dès la première incursion de Scarlett, ensuite à chacun des concours auxquels elle a pris part et de manière assez régulière par la suite.

Du côté de Bobépine, avant de joindre le concours-école Drag-moi, à l’issue duquel elle montera sur la plus haute marche du podium, Bobépine s’était déjà initié à la personnification féminine sous les traits de Granny Cool. Ce personnage plutôt théâtral est né dans le contexte d’une série de capsules que Bobépine avait lancée en marge de ses études en cinéma. Déjà à cette époque, son père Steve s’était montré compréhensif en participant au remue-méninge en lien avec la production.

Lorsque Bobépine est née officiellement, son père n’a pas été surpris. À ses yeux, il ne s’agissait que d’un nouveau personnage, mais qui allait évoluer dans une sphère artistique différente. L’important pour Steve était de savoir que son fil était heureux et qu’il faisait ce qu’il aimait.

Au fil du temps, l’apport de Steve a fini par transcender le lien filial qui l’unit à son fils. Sa présence si soutenue l’a fait adopter par d’autres drags qui sont allé jusqu’à lui trouver un nom : Safety Pine. Ce personnage qui se voulait davantage comme un gage de complicité s’est avéré plus sérieux qu’anticipé alors qu’il a fait son apparition officielle dans la web-série que Bobépine a lancé lors du confinement, soit Bobépine.TV. Cette transformation a permis à Steve de comprendre davantage la réalité dans laquelle se plonge son fils plusieurs fois par semaine, le rendant ainsi encore plus admiratif de l’art du drag.

Rares sont les parents qui ont osé camper le rôle de drag. Le père de Bobépine s’est montré bon joueur en revêtant réellement le personnage qu’on lui avait dessiné. Dans cette audacieuse lignée, on peut retrouver non seulement le père de Rock, mais également sa mère, qui sont devenus respectivement, à plus d’une reprise, La Diva Tequila et Whisky Jo.

La Diva Tequila a fait ses premiers pas sur scène à l’occasion du 60ème anniversaire de sa conjointe. Pour cette métamorphose, La Diva Tequila a eu recours aux talents de Petula Claque qui avait fait la route jusqu’à Québec pour l’occasion. Même La Diva Tequila se sentait intimidée par cet univers, elle était surtout impressionnée. Une fois qu’elle avait compris tout le travail que cela impliquait – et encore davantage avec cette expérience –, il lui était apparu naturel de faire cette incursion le temps d’une soirée (du moins, à ce moment).

Pour sa part, Whisky Jo est monté sur les planches du Cabaret Mado dans le cadre de la soirée de financements en lien avec la production de Rock Bière : Le documentaire. Whisky emboîtait ainsi le pas au reste de l’équipe qui s’était également prêté au jeu. Là où ça devient surprenant, c’est lorsque Whisky s’est présenté seul au bar Le Drague de Québec afin de participer à une soirée amateure menée par Stivy. Encore plus surprenant, il fut booké lors de la soirée mensuelle de Charli Deville, ManSpread. Le point culminant est lorsque La Diva Tequila et Whiky Jo ont, de leur plein gré, proposé à Rock Bière et RV Métal, la semaine où ils étaient à l’animation du Drag show virtuel durant le confinement, de présenter un numéro dans leur personnage respectif. Pour cette occasion, ils ont dû miser sur leur propre expertise en maquillage.

Si ces prestations ont pu se réaliser, c’est parce que le père de Rock aime tellement sa conjointe qu’il ferait tout pour elle. Quand il a vu qu’elle se lançait à cent pour cent, il n’avait d’autres choix que de la suivre. On se croise les doigts pour un family reunion lors de la réouverture des bars. Il faut souligner que tous ces parents qui ont flirté avec l’art du drag y sont allé all in et ce, à l’âge vénérable de 59 ans dans le cas du père à Bobépine et dans la soixantaine pour les parents de Rock Bière.

De son côté, Marla, dès ses débuts a opté malgré elle pour un personnage politisé. Ses parents étaient quelque peu insécures au départ, mais le personnage que Marla mettait de l’avant venait déconstruire tous les stéréotypes qu’on pouvait se faire d’une drag-queen. Dès les premiers pas de Marla dans l’univers du drag, qui s’est opéré lors du défunt concours Star search, ses parents ont tout de suite compris que le personnage que leur enfant endossait servait davantage à faire rire. Une fois qu’ils ont adhéré à la proposition de leur enfant, ils lui ont souhaité le meilleur, voulant même qu’elle soit la plus populaire. Du côté des frères de Marla, étant des grands fans de Donjon & Dragons, ils ne l’ont jamais jugée lorsqu’elle décidait d’endosser un personnage féminin quand elle se joignait à une de leurs quêtes.

Une fois que tout s’est mis en place dans la carrière de Marla, le support de sa famille s’est installé naturellement. Marla a la chance d’avoir une famille soudée qui aime se compromettre. Ses parents n’ont pas tardé à s’impliquer activement en coulisse des grosses productions dans lesquelles Marla était impliquée. Ils trouvaient plus impressionnant de découvrir comment les choses s’opéraient à l’arrière-scène que ce qu’il se passait sur scène. Cette expérience assez unique leur a permis d’entrevoir le métier de leur enfant d’un œil nouveau.

La consécration pour Marla fut lors d’un numéro dans le cadre de MX Fierté Montréal en 2018 où une vaste majorité de sa famille de sang et de spectacle ainsi que des personnes clés de son entourage s’était réunie sur scène le temps d’un numéro, offrant aux spectateurs présent ce soir-là une fresque vivante qui ne pouvait mieux témoigner du soutien familial dont elle bénéficie. Du côté de sa famille, nous retrouvions ses parents, l’un de ses frères, Sébastien, sa sœur Zoé, ainsi que sa marraine qui, juste avant de monter sur scène, a donné le collier de sa mère en lui disant « c’est comme si grand-maman était avec nous ce soir ».

 

Finalement, on constate que l’implication varie d’une personne à l’autre. Ce ne sont malheureusement pas tous les artistes de cet art de la scène qui bénéficient d’un tel soutien. L’objectif était davantage de mettre en lumière de belles histoires. Comme dans bien des choses, il est important de pouvoir compter sur le soutien de ses proches. Encore aujourd’hui, Scarlett continue de demander conseil à sa mère, Bobépine voit la relation entre son père biologique et sa mère drag, Kelly Torrieli, se développer, Rock continue de travailler pour que sa sœur emboîte le pas à leurs parents elle aussi et Marla demeure la matriarche d’une impressionnante lignée, solidaire, coopérative et impliquée, à l’image de ce qu’elle a connue dans sa propre famille.

 

Vous pouvez suivre Bobépine sur Instagram. Elle vous accueille tous les jeudi et vendredi à La dînette à Mado.

Vous pouvez suivre Marla Deer sur Facebook & Instagram.

Vous pouvez suivre Rock Bière sur Facebook & Instagram.

Scarlett Schatzi sur Instagram,

 

 

Nous reconnaissons à l’art du drag toute une généalogie qui agit comme un système de mentorat. Mais qu’en est-il de l’apport de la véritable famille? Au fil de mes entrevues ces dernières années, je me suis aperçu que certaines drags jouissaient d’un support privilégié de la part de membres de leur parenté. L’implication de ceux-ci… Lire la suite L’apport de la famille

Dossier

Hors série | En mode drag: Le récit d’une épopée

Derrière ces séries d’articles se terre dans l’ombre un homme qui, depuis 5 ans, a cherché à mettre en lumière un art de la scène pour lequel il voue une profonde admiration. Lors de son retour aux études à l’automne 2014, il s’est retrouvé à la croisée des chemins, ne sachant toujours pas comment son avenir professionnel allait se dessiner. Il s’est rapidement aperçu lors de son certificat en journalisme que l’art du drag était un sujet récurrent dans ses travaux. Un jour, dans le cadre d’un travail pratique pour l’un de ses cours hors programme en communication, il dut présenter un concept de blogue nouveau. Si à l’origine l’idée semblait attrayante sur papier, rien ne semblait présager, du moins à ce moment, ce qui allait suivre. Il se considérait beaucoup trop gêné et intimidé par cet univers. Il suffit d’une réponse favorable à la suite de l’envoie d’un courriel à l’équipe du Cabaret Mado pour une levée de fonds afin que l’histoire entame son premier chapitre.

À lire aussi: L’entrevue En mode drag: 4 ans déjà, réalisée par Lady Pamplemousse 

Cette occasion inespérée fut possible grâce à Steve Poitras qui crut au projet. En mode drag n’existait pas encore, alors sur quoi se basait-il pour justifier son approbation face à cette levée de fonds? L’histoire ne le dit pas, mais on ne peut que lui être reconnaissant. Ce fut le dernier levier pour permettre de propulser cette machine qui continue de grossir d’année en année. Maintenant qu’il était clair que le blogue allait voir le jour, il fallait donner à ce projet une signature, une image de marque. C’est à ce moment que Sophie s’est greffée au projet, donnant ainsi un visage au blogue grâce au logo qu’elle a conçu.

Le 15 juin 2015, c’était non seulement ladite levée de fonds qui avait lieu, sous l’égide de Rita Baga et ses invitées, Érica, Kitana, Phoenix Vyxen et Sasha Baga – et de surcroît, la naissance de Ludivine Grey -, mais surtout le lancement officiel du projet d’une vie pour Philippe alors qu’il mettait en ligne ses premiers articles dans les trois catégories principales de son blogue : le portrait de Rita Baga, l’entrevue avec DJ Lady McCoy et un dossier sur la retraite chez les drag-queens avec Brian Charbonneau, François Dallaire, Pascal Guilbault, Steve Poitras et Jean-Marc St-Yves.

À l’image d’une nouvelle relation, il se sentait comme sur un nuage, prêt à affronter l’impossible pour aller au bout de ses rêves avec ce projet. L’année 2015 s’est terminée avec le sentiment du devoir accompli. Toutefois, un an plus tard, le scénario s’est révélé moins glorieux qu’anticipé alors que l’achalandage s’était maintenu au même niveau pour une plus longue période. Philippe faisait face à sa première remise en question. Il en a profité pour brasser les cartes dans son esprit et entrevoir le jeu sous une nouvelle perspective. Il s’est entouré d’une amie proche, Karine, pour ne pas la nommer, afin de redéfinir la structure du blogue. C’est ainsi qu’une nouvelle mise en page, plus sobre et mieux construite, vit le jour. L’étincelle était toujours là, mais il fallait ce petit quelque chose pour relancer la machine. Maintenant qu’elle était à nouveau bien huilée, il pouvait aller de l’avant.

L’année 2017 s’est amorcée en force alors que Rita Baga lançait MX Fierté Canada. Philippe a saisi l’occasion et lui a demandé s’il lui était possible de devenir partenaire média de ce méga-concours pancanadien.  La réponse fut favorable, à tel point que l’expérience s’est renouvelée pour les deux éditions subséquentes. Rita lui avait même offert d’être juge le temps d’une soirée à chacune des éditions. Ce fut l’occasion de faire exploser l’achalandage tant sur sa page Facebook que sur le blogue en tant que tel.

Voulant faire évoluer son blogue à un niveau supérieur, Philippe mit sur pied la soirée « En mode drag » se met en mode drague, une opportunité de questions et réponses entre des drags invité.e.s et le public. L’édition pilote de cette soirée eut lieu au mois de novembre 2017, avec comme invitées Kelly Torrieli, Krystella Fame et Phoenix Vyxen, au Centre communautaire LGBTQ+ de Montréal avec l’aval de Yankel et Christian. Grâce à un contact que Philippe s’était fait en participant aux soirées contributives à Wikipédia, menées par Michael David Miller, il a pu obtenir un article dans le Fugues qui faisait la promotion de cette soirée. Ayant toujours ce désir de grandeur, Philippe aspirait à offrir une édition en plein air à l’occasion de Fierté. Malheureusement, en raison de la demande tardive, il ne put le faire sur le site au Parc des Faubourgs, mais il réussit à trouver refuge sur la terrasse du Cabaret Mado alors que la rue Ste-Catherine, dans Le Village, était piétonne.  Fier du succès de cette soirée, Philippe reconduira sa soirée à chaque année à partir de ce moment. La soirée voyagera du Centre communautaire LGBTQ+ avant de faire le saut au Cabaret Mado pour finalement atterrir au bar Le Cocktail. En cette période de pandémie, qui nous a contraint au confinement, Philippe a transposé sa soirée en formule tête-à-tête de manière hebdomadaire, en direct sur Instagram.

L’année 2018 fut marquante alors que Philippe décrocha la seconde place, derrière Urbania, dans le cadre des prix YULorama, à la suite d’un vote populaire. Cette année-là coïncidait également avec l’arrivée de Philippe comme partenaire média à Drag-moi pour sa 10ème saison, expérience qu’il renouvellera l’année suivante.

Depuis cette fameuse relance, les choses vont de bon train. L’achalandage sur le blogue a doublé entre 2016 et 2017 ainsi qu’entre 2017 et 2018. La courbe de croissance est tombée à 1.5 entre 2018 et 2019. Il n’en demeure pas moins qu’En mode drag a réussi à faire écho auprès du public, devenant une référence privilégiée. D’autres belles réalisations ont jalonnées le parcours de Philippe au fil de ces 5 dernières années dont des collaborations connexes auprès de LGBT in the city et du plcloutier.com, une entrevue avec le personnificateur féminin Derrick Barry, connu pour ses participations à America’s got talent et RuPaul’s drag race, grâce à Jean-François James, la production de la Revue drag 2019, menée par Gisèle Lullaby et réunissant sur scène les Pussycat drags, Gina Gates, Kelly Torrieli, Marla Deer, Misty Waterfalls, Rock Bière, RV Métal, Sasha Baga & Scarlett Schatzi, ainsi qu’une pléiade d’entrevues avec une panoplie de personnalités publiques : la chanteuse Valérie Carpentier, le youtubeur PL Cloutier, le réalisateur de la série documentaire Ils de jours, elles de nuit Frederic Gieling, la comédienne Joelle Lanctot, l’ex-hockeyeur Georges Laraque, l’humoriste Thomas Leblanc, l’humoriste Christine Morency, l’animatrice Annie-Soleil Proteau, l’animatrice Valérie Roberts, la réalisatrice du documentaire Un métier comme un autre Annick Roussy, l’auteur de la série Cover girl Pierre Samson, les comédiens de la pièce KINK Frédéric Sasseville-Painchaud & Pascale St-Onge ainsi que l’humoriste Silvi Tourigny.

 

En mode drag en chiffre :

5 ans

46 000 vues

23 000 visiteurs

200 articles

130 personnalités différentes interviewées

54 drags qui ont participé au minimum une fois à la soirée « En mode drag » se met en mode drague (vous pouvez visiter la section galerie vidéo pour en revoir une partie ou encore, le compte Instagram d’En mode drag.

1 spectacle de production

 

Visiez la galerie photo pour quelques clichés de plusieurs éléments mentionnés précédemment.

 

Et un énorme merci à toutes ces personnes…

Adriana Schatzi – Aizysse Baga – Aleera Verushka – Alexandre Brosseau Camara – Alexandre Dumont Blais – Alexis – Alice Wildflower – Amy Haze – Anaconda La Sabrosa – Anastasia – Annick Roussy – Annie-Soleil Proteau – Bambi Dextrous – Barbada – Bobépine – Bruna Florio – Carmen Sutra – Catherine Pépin – Celes – Charli Deville – Chouchoune – Christian Tanguay – Christine Morency – Ciatha Night – Coco Martiny – Connie Lingua – Daisy Wood – Daphnée Schryve – Demone LaStrange – Derrick Barry –  Darleen Deer – Destiny – Dia Bella – Dominick Juneau – Dominique Lavergne – Dream – Elsa – Emma Déjàvu – Emmanuelle Métivier – Érica – Eva Loucha – Flora Gionest – François Dallaire – Frederic Gieling – Frédéric Sasseville-Painchaud – Gabriella – Gabry Elle – Georges Laraque – Gina Gates – Gisèle Lullaby – Heaven Genderfck – Ivy Winters – Janie Tardif – Jason Noel – Jean-François James – Jess PVM – Jezebel Bardot – Jihef Portelance – Jimmy Moore –  Joanie Darveau – Joelle Lanctot – Jonathan Grandolfo –  Jonathan Verge Beriau – Joshua Belair – Karine Chami – Kelly Torrieli – Kiara – Kitana – Krystella Fame – LaDorris – LaDrag On-Fly – Lady Boom Boom – Lady Guidoune – Lady McCoy – Lady Pamplemousse – Ladypoonana –  LaGladu –  Lana Dalida – Laurence Rajotte-Soucy – Lisa Santana – Luc Genereux – Mademoiselle De – Mado Lamotte – Marc-André Caron – Marco Boudreau – Marla Deer – Matante Alex – Michael David Miller – Michel Dorion – Mina Mercury – Miss Butterfly – Miss Daniels Vyxen – Misty Waterfalls – Mona de Grenoble – Océane – Oli Slva – Nana – Néon – Nicky Gee – Paloma – Paradox – Pascal Guilbault – Pascale St-Onge – Paulette Paillettes – Peach – Peggy Sue – Pénélope –  Petula Claque – Phoenix Vyxen – Pierre Samson – Pierre-Luc Racine – PL Cloutier – Prudence – Raphaëlle Comtois – Rainbow – Réglisse – Rita Baga –  Rock Bière – Rosie Bourgeoisie – Ruby Doll – Ruby Lamotte – RV Métal – Sally-D – Samantha Barnack – Sandra – Sandy Hart – Sasha Baga – Scarlett Business – Scarlett Schatzi – Sébastien Beaupré – Selma Gahd – Sheena Hershey – Silvi Tourigny – Sophie Viau – Steve Beaucage – Steve Daviault – Steve Poitras – Styla Artois – Jean-Marc St-Yves – Tante Gaby – Thomas Leblanc – Tracy Trash – Uma Gahd – Vee Valentine – Valérie Carpentier – Valérie Roberts – Velma Jones – Vincent Poirier – Wendy Warhol – Will Charmer – Yankel Lerner – Zénith – Zinc

Derrière ces séries d’articles se terre dans l’ombre un homme qui, depuis 5 ans, a cherché à mettre en lumière un art de la scène pour lequel il voue une profonde admiration. Lors de son retour aux études à l’automne 2014, il s’est retrouvé à la croisée des chemins, ne sachant toujours pas comment son… Lire la suite Hors série | En mode drag: Le récit d’une épopée

Dossier, Promotions

Canada’s drag race: nous sommes prêts!

L’annonce des queens qui allaient concourir lors de la toute première mouture de Canada’s drag race s’est proliféré sur les médias sociaux à vitesse grand V. Cela fait déjà près d’un an que le panel de juges nous a été dévoilé. Nous avions hâte de découvrir quelles drag-queens d’un océan à l’autre allaient donner vie à cette première édition. Après ce raz-de-marée qui a éclaboussé de nombreux fils d’actualité, il m’était apparu difficile de voir comment aborder la nouvelle sans répéter ce que nous savions déjà, mais j’ai décidé de me lancer quand même car je partage cette excitation collective. Comme le disait si bien Peggy Sue : « je me sens comme le matin de Noël ».

À lire aussi: Dossier – Canada’s drag race: mes aspirations

Nous savons officiellement que c’est le jeudi 2 juillet que le premier épisode atterrira sur la plateforme de diffusion en continu Crave de la société Bell Média. L’émission produite par Blue Ant Studios, en collaboration avec OutTV, sera disponible en version originale anglaise et sous-titrée en français. La télé-réalité voyagera ensuite partout dans le monde grâce WOW Presents Plus. De plus, chaque vendredi, l’épisode de la semaine sera disponible au Royaume-Uni sur BBC Three, diffuseur officiel de RuPaul’s drag race UK.

Nous savions que le panel de juges était composé de la runner-up de la 11ème saison de l’émission-mère RuPaul’s dra race, surnommée Queen of the North, Brooke Lynn Hytes, ainsi que de l’acteur Jeffrey Bowyer-Chapman (UnREAL) et de la mannequin Stacey McKenzie. Ce que nous avons su dans la foulée du dévoilement du casting de l’émission : la correspondante au magazine culturel Etalk Canada, Traci Melchor, aura un rôle récurrent alors qu’elle réalisera des entrevues avec les participantes entre les défis.

Parmi les queens qui figureront au générique de cette adaptation canadienne, nous retrouvons notamment deux drags de renom qui nous viennent du Québec, à savoir Kiara & Rita Baga. Se greffent autour d’elles Anastarzia Anaquway, BOA, Kyne, Priyanka, Scarlett Bobo et Tynomi Banks de l’Ontario, Ilona Verley de la Colombie-Britannique ainsi que Lemon de chez nos voisins du sud, plus précisément de New-York.

L’identité des juges invités a été dévoilée lors de la diffusion de la première bande-annonce officielle de l’émission. Ainsi, nous savons qui se greffera à chaque semaine au trio déjà composé de Brooke Lynn Hytes, Jeffrey Bowyer-Chapman et Stacey McKenzie. Nous retrouverons l’actrice Elisha Cuthbert (The girl next door, 24), l’actrice Amanda Brugel (The handmaid’s tale), la chanteuse Deborah Cox, l’acteur Jade Hassouné (Erased), l’acteur, animateur et humoriste Tom Green, l’autrice et actrice Mary Walsh (This hour has 22 minutes), la collaboratrice à l’émission Traci Melchor, le gagnant de Project Runaway Canada Evan Briddell, l’autrice-compositrice-interprète Allie X ainsi que la juste permanente de RuPaul’s drag race Michelle Visage. D’autres figures importantes feront des caméos tout au long de la saison dont Crystal, de la première saison de RuPaul’s drag race, la drag-queen canadienne Michelle Dubarry, considérée comme le plus âgée au monde du haut de ses 88 ans, le photographe Matt Barnes, les décorateurs d’intérieur et aniamteurs Colin McAllister et Justin Ryan, l’actrice française Raph (La Loute), l’humoriste Sabrina Jalees et le directeur artistique Hollywood Jade

La fébrilité est à son comble. La proximité que nos drags locales partagent avec son public permet à tout un pan de la population de vivre un rêve par personne interposée. Crave bénéficiera sans contredit d’une hausse importante d’abonnés afin de répondre à l’appel de Canada’s drag race. Comme le succès de RuPaul’s drag race ne se dément pas, on peut s’attendre à tout. De plus, si on se fie à ce que les juges en disent déjà, cette production est comme une « tempête silencieuse ».  Chose certaine, chaque jeudi soir dès le 2 juillet, tous les yeux seront rivés sur leurs écrans. Je vous donne donc rendez-vous tous les vendredis, au lendemain de la diffusion, afin de suivre ma couverture du concours. Uma Gahd vous convie même déjà à un viewing party virtuel comme elle l’a déjà fait avec Dragula et RuPaul’s drag race.

L’annonce des queens qui allaient concourir lors de la toute première mouture de Canada’s drag race s’est proliféré sur les médias sociaux à vitesse grand V. Cela fait déjà près d’un an que le panel de juges nous a été dévoilé. Nous avions hâte de découvrir quelles drag-queens d’un océan à l’autre allaient donner vie… Lire la suite Canada’s drag race: nous sommes prêts!

Dossier

La place des femmes dans le milieu du drag

En mode drag célébrera ses noces de bois au mois de juin prochain. Depuis ces 5 années-là, la place des femmes dans le milieu drag fut abordée sous différents aspects à travers une série de dossiers (dans l’ordre de parution) : L’ouverture aux femmes pratiquant le métier de drag-queen; Les défis liés à la « différence »; Vivre sa transition quand on est drag et; La renaissance des drag-kings et leurs défis. Toutefois, jamais une occasion de rassembler les différents points de vue en seul endroit permettant de les croiser les uns aux autres ne s’est fait auparavant. Ces dernières années, nous avons eu la chance de voir évoluer un bassin intéressant de femmes drag-queens en plus de jouir d’un retour en force des drag-kings. C’est en surfant sur cette vague que j’ai tenu à m’entretenir avec Alice Wildflower, Daisy Wood, Paloma, RV Métal, Sasha Baga, Velma Jones et Wendy Warhol qui ont toutes accepté de me partager leurs impressions sur le propos dont il est question.

Vous pouvez suivre le lien qui suit pour prendre au vote dans le cadre des Prix en mode drag.

Tout au long du présent article, il sera question de la place des femmes et non de l’ouverture. À la suite du passage de Michel Dorion à ma soirée « En mode drag » se met en mode drague le vendredi 3 avril dernier, il mentionnait que cette ouverture, elle existe depuis longtemps. Michel cumule une carrière de plus de 30 ans et il nous mentionnait que même à ses débuts, des femmes trans figuraient dans le paysage de la personnification féminine. En prenant en considération cet aspect, on doit alors davantage questionner la place que les femmes occupent aujourd’hui plutôt que d’une ouverture.

Il faut d’abord reconnaître que l’art du drag est traditionnellement masculin. Comme dans d’autres branches de métiers où cette réalité est effective, les femmes doivent faire leur place. Cette place, elles doivent la gagner non seulement auprès du public, mais également du milieu. On reconnaîtra toutefois au fil des années que la définition de drag-queen ou drag-king s’atténue de plus en plus afin de faire place à une perspective plus fluide et moins genrée face au personnage qui est endossé. Même si cet article se concentre sur la réalité des femmes, il n’en demeure pas moins que d’autres enjeux subsistent auprès de personnes qui ne se définissent comme étant ni homme ni femme dans leur vie de tous les jours. Or, cette perspective ne sera pas abordée dans cet article-ci.

Comme ce fut mentionné précédemment, nous avons statué que l’ouverture est présente depuis déjà un certain temps. Ce que nous observons toutefois en ce moment, c’est un nouvel apprivoisement du public face à la présence des femmes dans le milieu. Celle-ci s’est accentuée notamment par la présence de concours dédiés à la relève qui ont rouvert la voie, à commencer par Drag-moi, mais également Miss Cocktail et Dragwarts. Il y eut malheureusement une époque où les femmes s’adonnaient à l’art du drag, par l’intermédiaire de ces concours, dans le seul but de vivre un trip, sans toutefois se projeter dans l’avenir. Différents facteurs y sont en cause, ils seront décortiqués ici et là dans la suite du dossier.

Wendy Warhol a fait une entrée tardive dans cet univers, d’abord comme drag-queen, sous les traits d’Èva Pompidou aux côtés de la House of Laureen, puis à procédé une courte incursion comme drag-king en tant que Justin Tinderfake par l’intermédiaire du concours MX Fierté Canada, avant de finalement décider de revenir aux sources grâce à Wendy. Ce va-et-vient s’explique par le fait qu’à ses débuts, elle n’avait pas accès à d’autres modèles comme elle. Cette absence a fait émerger en elle un syndrome de l’imposteur. Il lui était alors apparu plus juste de faire carrière comme drag-king, cela s’inscrivait davantage dans une certaine « normalité ». Cette fausse impression, on l’a également fait miroiter en début de carrière à Velma Jones qui, rapidement dans son cheminement, a fait place à une autre facette de son alter ego, Johnny Jones, sans qu’elle n’ait eu le temps de finaliser le développeement de Velma. On lui a laissé entendre qu’elle perdurait plus longtemps dans le métier si elle poursuivait avec son personnage de drag-king. Considérant que Velma Jones est la seule drag-queen à avoir remporté les honneurs, tant à Drag-moi qu’à Miss Cocktail, en plus d’atteindre la finale de MX Fierté Montréal en 2018, il est dommage qu’une telle remarque lui ait été adressée. On pourrait penser à tort que ces concours ne sont pas suffisamment reconnus et qu’il s’agirait d’une réalité parallèle dans laquelle ce qui s’y déroule ne serait pas le reflet de la réalité. Pour sa part, Paloma, qui nous vient de Québec, se sentait elle aussi étrangère à cet univers qu’elle voulait joindre. Ce qui s’annonçait comme un trip d’un soir, à la suite des recommandations de son amie Lana Dalida, s’est avérée plus lucrative qu’anticipé alors que Gabry Elle l’a adoptée dès son passage aux Auditions du star tenue au bar Le Drague. Il faut avouer que dans la vieille capitale, il n’y a pas autant de modèles de femmes drags qu’à Montréal, ce qui a accentué son sentiment d’imposture. Paloma fut la gagnante de la première édition de Dragwarts et déjà, lors de la compétition, une consœur lui a laissé entendre que les femmes n’avaient pas leur place dans ce milieu.

Il faut savoir reconnaître que les concours sont à l’avant-garde sur plusieurs enjeux. Sachons y déceler leur apport important et tout ce que s’y dessine incognito, mais qui fait rapidement écho dans le reste du milieu. Même si RV Métal a opté pour le drag-king, il reconnaît le geste politique que représente la présence de femmes drag-queens. Il admire la réappropriation de la féminité que symbolise la présence de ces femmes dans ce milieu plus typiquement masculin. Il les encourage d’ailleurs à ne pas abandonner le combat, ni de le faire vaciller vers le leur. On aurait pu penser qu’une recrudescence des drag-kings, venant alors avec une émergence de femmes dans le milieu drag, allait favoriser un rapprochement pour faire front commun. Or, ce ne pas ce qui s’est passé. Même si leur présence dans les loges se manifestent sensiblement de la même manière, leur approche artistique se distingue considérablement. RV comme Velma reconnaissent qu’être drag-king leur offrent des opportunités de défendre des personnages qu’ils ne feraient pas en d’autres circonstances. Il n’en demeure pas moins que les opportunités ne se présentent pas de la même manière.

En effet, les drag-kings ont su rapidement retrouver leur place dans le paysage culturel montréalais. Toutefois, ce retour en force se distingue considérablement car on les retrouve sur plusieurs scènes d’établissements généralement destinées aux spectacles de drag-queens, ce qui n’était pas nécessairement le cas avant. Rapidement, ceux-ci ont réussi à obtenir un week-end au Cabaret Mado, ce que les femmes drag-queens n’ont réussi que très récemment, sensiblement à la même période. Wendy reconnaît qu’au-delà de leur combat, le milieu du drag en est compétitif car il est contingenté. Il faut savoir se démarquer, quitte à déranger. La seule chose qui la laisse amère est sans doute le fait qu’on est plus sévère envers une femme ambitieuse qui connaît une ascension jugée « trop rapide ». Il faut bien quelqu’un qui défonce des portes pour paver la voie. C’est ce qui lui y a notamment permis d’être la première femme à performer au bar le Cocktail.

Malgré une certaine facilité dans leur intégration, RV souligne l’importante de livrer la marchandise. Il n’aurait pas autant d’opportunités s’il n’arrivait pas à offrir un produit de qualité. La confiance qu’on leur accorde, notamment à lui et son conjoint Rock Bière, s’est concrétiser au mois de mars dernier alors qu’ils étaient à la barre de Bière & Métal. C’était la seconde fois que des drag-kings menaient une soirée au sein de l’emblématique institution qui surplombe la rue Ste-Catherine, au cœur du village gai, emboîtant ainsi le pas au spectacle One erection, réunissant les membres du groupe du même nom (lire l’article sur La renaissance des drag-kings et leurs défis pour connaître de qui il s’agit) commandé par Mado Lamotte elle-même. Il s’agissait d’une soirée de financement pour leur maison de production Pleurer Dans’ Douche en vue de leur spectacle Constellations – théâtre en rafale qui, dans les circonstances, sera reporté à une date ultérieure. Ce spectacle s’est révélé comme étant bien plus qu’un spectacle pour amasser des fonds : il est devenu une forme d’open stage lors duquel des drag-kings amateurs ont pu s’approprier la scène du Cabaret Mado. Notre tandem de kings se dit fier d’avoir donner le goût à d’autres femmes de s’essayer.

À la différence des drag-kings, les femmes drag-queens ont eu à faire valoir leur place. Cela s’est manifesté de multiples façons, notamment par des soirées à thème comme Bagalicious ou le Mardi à Mado, qui leur consacraient une tribune. Même si aujourd’hui cela serait mal perçu de leur part, Daisy croit que ces épisodes étaient nécessaires. Nécessaire afin de lancer un message clair. Comme nous sommes dans une société binarisée, il fallait jouer avec le genre pour combattre la genrification. Elle reconnaît qu’étant peu nombreuses, cela les freine dans leur désir de persister. Ces soirées nichées ont eu des effets variés, à la fois de sensibilisation face à un tournant qui opère dans le milieu autant qu’un geste de solidarité entre elles pour épouser ce message. Si ces spectacles n’ont plus leur place aujourd’hui, cela s’explique de la même manière qu’un spectacle entièrement constitué de femmes humoristes ne serait pas justifié. Il faut tout simplement accepter qu’elles fassent désormais parti du paysage. Comme Velma le dénonce, il ne faut plus le prendre comme quelque chose de « cute » et de passager. Il est évident que ces femmes ont réussi à faire leur preuve. Il ne faut plus les isoler, mais reconnaître leur présence et surtout, leur apport inconditionnel.

Il y a tout un processus qui vient avec l’art du drag et il est aussi rigoureux, quelque soit le genre auquel on s’identifie. Certaines, comme Sasha et Alice, ont d’autres formes de défis qui sont venus ajouter une couche supplémentaire. D’abord, Alice a fait ses débuts comme danseuse. En basculant du côté du drag, elle devait faire oublier la danseuse en elle lorsqu’elle fait place à son alter ego car au-delà de son personnage de drag-queen, Alice poursuit ses deux carrières parallèlement. Elle veut qu’on arrive à faire la part de l’une et de l’autre. Elle figure parmi les six finalistes de la présente saison de Dragwarts dans l’équipe de Gabry Elle. Alice est en couple avec le drag-king Will Charmer. Ensemble, ils essaient de profiter de confinement de manière positive en faisant évoluer leur personnage. Ils considèrent qu’il y a quelque chose de beau dans ce processus puisqu’ils se complètent si bien avec leurs idées. Ensemble, ils représentent les deux facettes du débat que représentent leur présence dans le milieu.

Pour sa part, Sasha pratique le métier de drag depuis près d’une dizaine d’années. Malgré sa transition, son personnage est antérieur à ce processus et il ne rime pas avec son genre. Quand cela fait autant d’années que tu travailles sur un personnage, tu ne veux pas le délaisser, encore moins dans son cas. Si Sasha a réussi à entreprendre son processus de transition, c’est largement grâce à son alter ego. Sasha doit composer avec une réalité encore plus particulière du fait que, les autres qui ont vécu la même situation qu’elle, ont fini par se retirer peu à peu. Sasha fait preuve d’une force incroyable d’avoir eu a réapprivoiser son personnage car elle « ne pouvait plus » être le même genre de drag qu’elle était. Il s’agit d’une pression qu’elle s’est imposée car elle voulait notamment faire la distanciation entre elle et son personnage, ce que certains ont encore de la difficulté à faire. Son plus gros défi s’est manifesté lors du concours des Pussycat drags alors qu’elle a senti qu’il fallait qu’elle atténue sa féminité afin de cadrer dans le moule. Ce travail de tous les instants aura été favorable à la grande fan en elle des Pussycat dolls alors qu’elle a joint les rangs du drag band.

Même si Velma perçoit une certaine récession des femmes drags dans le milieu, il faut espérer que le bassin qui existe actuellement perdure et qu’il perpétue ce travail déjà entrepris. Il est évident, comme toute bataille, que ce ne sera pas toujours facile. Si cet élan de solidarité persiste et que le public continue de manifester son ouverture, on devrait aisément continuer d’avancer vers quelque chose d’encore plus beau. Nous avons déjà pu offrir un certain portrait de cette ouverture au grand public par l’intermédiaire du docu-réalité Ils de jour, elles de nuit auquel avait pris part Ladypoonana. Ce sujet est richissime et je ne peux évidemment pas tout traiter, mais j’ose espérer que ce dossier a su apporter un bel éclairage sur cette réalité. Cheers mesdames !!

 

Vous pouvez suivre Sasha Baga sur chaîne Youtube Sashanel

Wendy Warhol vous offre chaque jeudi un spectacle en Facebook live dès 20h sur sa page.

En mode drag célébrera ses noces de bois au mois de juin prochain. Depuis ces 5 années-là, la place des femmes dans le milieu drag fut abordée sous différents aspects à travers une série de dossiers (dans l’ordre de parution) : L’ouverture aux femmes pratiquant le métier de drag-queen; Les défis liés à la « différence »;… Lire la suite La place des femmes dans le milieu du drag

Dossier

L’art du drag sans âge

L’art du drag a l’avantage de ne pas être restreint par une limite d’âge. Cet art de la scène attire des gens de tous les horizons, qu’ils décident de commencer très tôt ou à un âge plus avancé. Afin de mieux comprendre les motivations qui poussent une personne à se lancer dans ce métier, je me suis entretenu avec une variété d’artistes, de Demone LaStrange et Néon, qui ont commencé à un jeune âge, jusqu’à Sally-D et Wendy Warhol, qui ont débuté tardivement, en passant par Barbada, qui perdure dans le métier depuis maintenant 15 ans. Ce dossier sert principalement à mettre l’accent sur l’absence de frontières imposées par l’âge, mais surtout de comprendre les raisons pour lesquelles ces personnes ont intégré leur alter ego dans leur vie.

À lire aussi: Dossier – La représentativité des drags dans les médias

 

DÉBUT PRÉCOCE

 

DEMONE LASTRANGE

L’intérêt pour le drag existe dans l’esprit de Démone depuis bien longtemps. En effet, lorsqu’elle était en bas âge, l’un de ses films fétiches était La cage aux folles. Sa mère qui, à l’époque, confectionnait des costumes pour des amis drag, a pris le temps de lui expliquer ce que c’était et ce, malgré le jeune âge de Démone.

Le moment charnière dans la vie de Démone, là où l’idée de devenir drag-queen s’est concrétisée, est lors des célébrations de son 18ème anniversaire au Cabaret Mado. Ce n’est que l’hiver suivant qu’elle se lancera officiellement dans l’aventure en joignant la cohorte de Miss Cocktail au bar le Cocktail.

Démone prétend qu’à cette époque, elle se cherchait encore beaucoup dans l’élaboration de son alter ego. Or, Démone ne s’est pas lancée dans cet univers candidement. Démone traîne depuis sa tendre enfance un lourd bagage, marqué notamment par l’intimidation et la violence. Depuis qu’elle est toute jeune, son personnage se dessinait dans son esprit. Elle a depuis longtemps visualiser ce personnage qu’elle allait un jour endosser. Démone agit aujourd’hui comme un canalisateur de tout ce qu’elle a vécu de difficile. L’art du drag lui a permis de s’émanciper, de se délivrer d’une souffrance passée.

Avant de joindre les rangs de la famille Strange, en se faisant adopter par Rubi Strange, Démone portait le nom de famille LaSlave. Ce nom faisait référence à elle en tant qu’esclave, l’esclave des remarques de ses détracteurs. En optant pour la combinaison Démone, cet avatar qu’elle visualisait, jusqu’à l’idéaliser comme étant celui qui allait la sortir de sa torpeur, et LaSlave, Démone opposait à même son alter ego la souffrance du passé à sa force d’aujourd’hui. Un amalgame qui lui permet d’envisager sa vie actuelle d’un œil nouveau.

 

NÉON

Pour Néon, c’est lors de ses recherches dans le cadre de son baccalauréat international à l’École d’éducation internationale de McMasterville que l’appel s’est concrétisé. Comme bien des jeunes de sa génération, l’intégration à l’art du drag s’est faite par l’intermédiaire de RuPaul’s drag race. L’intérêt qu’elle portait pour cette populaire télé-réalité américaine l’a interpellé jusqu’à jalonner son travail final qui portait sur l’expression du genre par l’art.

Elle cherchait avec ce projet à joindre l’utile à l’agréable, c’est-à-dire d’assouvir à la fois sa curiosité sur ce milieu, lui permettant ainsi d’établir les contours de son personnage, tout en réalisant son ultime travail scolaire. Néon a voulu faire œuvre utile en proposant un spectacle qui réunissait pour l’occasion Carmen Sutra, Demone LaStrange, Denim Pussy, Kiara, Matante Alex, Mayhem, Wendy Warhol et Zinc afin de sensibiliser et d’informer le public sur la réalité drag avec des artistes locaux.

Cette initiative s’adressait principalement aux élèves de l’école, donc un public mineur. Ce qui est magnifique dans cette histoire est que les deux représentations ont été présentées à guichet fermé, ce qui témoigne d’une belle ouverture de tous les membres de l’école. Le profil de l’apprenant, défendu par l’EEI, propose notamment l’équilibre, l’audace et l’ouverture, des valeurs qui rejoignent Néon tant sur le plan personnel que professionnel.

Ses premiers pas officiels dans cet univers se sont faits lors du spectacle Tous âges présenté dans le cadre de Fierté Montréal l’été dernier. Plusieurs drags attendaient que Néon soit majeure afin de pouvoir l’embaucher. Celle qui lui aura donné sa première chance est nulle autre Rita Baga dans le cadre de son spectacle hebdomadaire Haus of Baga présenté chaque mardi au Cabaret Mado.

Ce qui est touchant avecce projet scolaire est que Néon s’est principalement basée sur les articles disponibles sur En mode drag. Néon s’est récemment entretenu avec Barbada lors dans le cadre de l’émission Format familial. Je vous invite à visionner l’extrait afin en d’en connaître davantage.

 

DÉBUT TARDIF

 

SALLY-D

Sally-D a connu un parcours en deux temps. Son intérêt pour le drag coïncidait avec son arrêt de consommation de drogues et d alcool. C’est ce qui l’a mené à l’époque à participer à un concours amateur animé par Gerry Cyr au défunt cabaret L’entre-peau.

La scène s’est révélée pour Sally-D comme une solution afin de compenser l’absence de buzz que lui procurait ses précédentes dépendances. À l’âge vénérable de 50 ans, Sally-D s’est inscrite à Miss Cocktail afin de répondre à son intérêt naissant. Cette initiative lui a permis de sortir de son quotidien, marqué par le fétichisme. L’appel de la scène lui a permis de sortir son fou et d’être créatif autrement.

L’homme derrière Sally-D est présent dans la communauté LGBTQ+ depuis les années 1980s. S’embarquer dans cette aventure s’inscrivait dans la même orientation que ce qu’il connaît et côtoie depuis tous ces années, c’est-à-dire l’aspect social et le contact avec le public.

Depuis ses deux participations à Miss Cocktail, Sally-D s’implique activement dans la communauté drag. En effet, elle a lancé au début du mois de février la soirée C’est juste lundi! – Place à la relève, une soirée réservée exclusivement aux drags qui en sont encore à leur début dans le métier afin de leur offrir une opportunité supplémentaire de performer et de surcroît, parfaire leur animation, puisque le modèle de cette soirée emprunte celui d’une soirée standard du bar le Cocktail.

 

WENDY WARHOL

C’est alors qu’elle était blogueuse que Wendy (Eva Pompidou à cette époque) s’est initiée à l’univers du drag, plus précisément lors de la soirée d’ouverture du festival St-Ambroise Fringe de Montréal lors de laquelle elle y a découvert la House of Laureen.

Rapidement, la House of Laureen l’a invitée à faire une performance dans le cadre de l’un de ses spectacles. Wendy est demeurée quelques mois sous les traits d’Èva à sortir voir des représentations de la House of Laureen.

Après un certain temps, par manque de référence en tant que femme drag, Wendy a transféré ses activités comme drag-king. Justin Tinderfake, le premier nom que son alter ego masculin portait, existait déjà auprès de la House of Laureen avant qu’il ne fasse ses preuves lors de la toute première édition de MX Fierté Canada. La suite des choses a déboulé trop rapidement avec un personnage en qui elle ne se reconnaissait pas en tant qu’artiste.

C’est à force de côtoyer d’autres femmes drag-queens telles que Daisy Wood, Miss Daniels Vyxen et Velma Jones que Wendy a revu son plan de match. Phoenix Vyxen s’est avérée d’une grande aide dans sa réflexion. Il n’en demeure pas moins qu’une certaine dualité subsistait dans son esprit puisqu’elle était consciente du succès que connaissant Justin et elle ne voulait pas à devoir tout recommencer et perdre ses acquisitions des mois précédents.

Wendy s’est rapidement raisonnée. Elle s’est rappelée ne s’être jamais réprimée en raison de son genre ou de son âge. Dans la même période de sa vie, Wendy s’est réorientée tant sur le plan professionnel qu’artistique. Elle est d’avis que l’âge ne doit pas être un facteur et qu’on peut continuer de se prouver même lorsqu’on a plus de 40 ans. Malgré son âge, elle conserve le même émerveillement qu’elle avait dans ses débuts. Elle partage également l’idée selon laquelle le fait de se tenir avec des gens plus jeunes garde jeune. Et la relève dans ce métier étant en continuelle mouvance, côtoyer des plus jeunes que soi n’est assurément pas un problème.

En ce temps de quarantaine, Wendy vous propose des performances chaque jeudi, en direct sur Youtube, Suivez-là sur Facebook et sur Instagram pour en savoir davantage.

 

PERDURER DANS LE TEMPS

 

BARBADA

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XOXO💋 #drag #wigs #makeup #performance #mystery

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Barbada célèbre cette année ses 15 ans de carrière. C’est à l’hiver 2005 que Barbada prenait part pour la première fois au concours Star search au Cabaret Mado. Depuis, sa carrière défile comme un vrai feu roulant.

Ce qui distingue considérablement Barbada de ses collègues est son ouverture. Elle essaie de ne pas dire non car elle ne sait pas ce que cette occasion peut lui apporter comme éventuelle opportunité. Elle se laisse surprendre par l’enchaînement des différents projets.

Par exemple, lors d’un mariage, Barbada y a fait la rencontre du célèbre Robert Lepage. La sœur de l’artiste multidisciplinaire, Linda, a bien aimé Barbada, alors elle l’a conviée au 60ème anniversaire de Robert Lepage. Convaincue de ce que Barbada pouvait offrir, la même Linda, qui siège au conseil d’administration des Grands deux Loto-Québec, a réussi à obtenir pour Barbada ce qui sera dans sa carrière son plus important et lucratif contrat au sein de cette organisation.

Comme Barbada le dit si bien, on ne sait jamais qui peut être là où on ne s’y attend pas. Cela a été une belle façon pour elle de poursuivre sa carrière, de perdurer dans le temps et surtout, de sa faire une réputation hors du village gai de Montréal.

 

Qu’importe le moment où l’on commence le métier de drag, il ne faut jamais oublier pour quelle raison on le fait. Chaque individu y trouve ses propres réponses car chaque parcours est unique. Autant nous souhaitons la longévité d’un artiste que nous apprécions, il faut savoir respecter le moment où celui-ci préfère se retirer Dans le même optique, il faut accueillir les personnes de tous les horizons pour intégrer cet art de la scène car on ne sait pas à quel moment l’appel va nous venir et ce que celle-ci vient y chercher. C’est ce qui définit la pléiade de styles auquel nous avons droit dans notre Belle Province.

L’art du drag a l’avantage de ne pas être restreint par une limite d’âge. Cet art de la scène attire des gens de tous les horizons, qu’ils décident de commencer très tôt ou à un âge plus avancé. Afin de mieux comprendre les motivations qui poussent une personne à se lancer dans ce métier, je… Lire la suite L’art du drag sans âge

Dossier

Rétrospective drag de la décennie 2010-2019

Comme la fin de l’année approche à grand pas et de surcroît, la décennie, j’ai voulu m’interroger sur le tournant important qu’a emprunté la communauté drag ces dernières années. Ce tournant s’est manifesté de différentes manières, que ce soit par la croissance de leur présence médiatique, la prolifération des bars qui présentent des spectacles de drags, l’éclosion de productions originales et j’en passe. Laissez-moi vous présenter 10 faits parmi les plus marquants que j’ai retenus pour vous afin d’illustrer mon propos.

 

L’ACENSION DE LA HOUSE OF LAUREEN

À lire aussi: le portrait de la House of Laureen

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Fondée en 2015 par Connie Lingua, la House of Laureen est aujourd’hui composée de Anaconda La Sabrosa, Biggs O’Toole, Dot Dot Dot, Noah Gahd, Selma Gahd et Uma Gahd.

La House of Laureen se définit comme « un groupe d’artistes de drag avec une conscience sociale et orienté vers la communauté d’ici pour divertir et provoquer l’apocalypse » (traduction libre à partir de la description sur leur page Facebook).

La house of Laureen est principalement établie au mythique Café Cléopâtre, où elle présente son spectacle mensuel Coven, mais également différentes soirées qu’elles ont instituées dont MX Queerdo ainsi que King of Kingz, animé par Biggs O’Toole et Charli Deville, gagnants du concours respectivement en 2017 et 2018.

Au fil des ans, la maison montréalaise s’est illustrée dans divers établissements et événements. Nous avons pu la voir au festival St-Ambroise FRINGE de Montréal, à Juste for laugh ainsi qu’au Centaur theatre en plus de voir certains de ses membres au Wiggle room, au Cabaret Mado ainsi qu’au bar le Cocktail, où Uma Gahd y présente son spectacle Church, dont la prochaine édition aura lieu le samedi 18 janvier, en plus d’y avoir coanimé les soirées de diffusion des émissions Rupaul’s drag race et RuPaul’s drag race UK.

Grâce à la présente soutenue de Uma Gahd au sein du village gai, cela a permis d’établir des ponts entre la communauté drag hors village et celle qui y est en place. Plusieurs drags moins connues dans le village ont une opportunité de pouvoir performer dans l’une des enceintes du village grâce à différentes initiatives de la House of Laureen dont Abby Long et Crystal Slippers.

Anaconda La Sabrosa et Uma Gahd furent de fières représentantes de la House of Laureen lors de l’édition all stars de Drag-moi. Pour sa part, Uma Gahd a réussi à se hisser en deuxième position dans le cadre de MX Fierté Montréal 2018, lui permettant ainsi de clôturer Fierté lors du T-dance en compagnie de LaDrag On-Fly et Tracy Trash qui complétaient le podium avec elle.

La House of Laureen fut l’hôte de plusieurs autres initiatives, je vous invite à visiter leur site internet d’y découvrir le large éventail de ce prolifique groupe qui ne cessera de vous surprendre dans les prochaines années.

 

LES TRIBULATION DES ÉTABLISSEMENTS QUI PRÉSENTENT DES SPECTACLES DE DRAG-QUEENS

 À lire aussi: l’entrevue avec Steve Daviault au sujet du Purple Cabaret-spectacle-nightclub

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La dernière décennie a vu bon nombre de d’établissement offrir des spectacles de drags. Certains d’entre eux sont encore en activité alors que d’autres ont malheureusement fermé leurs portes.

Outre le Purple de St-Jérôme et les Grands-ducs de Wellington de Sherbrooke, deux bars établis en région qui furent contraints de mettre la clé sous la porte, le village gai est l’endroit où l’étau s’est plus resserré. Malgré le retour des spectacles de drags au complexe Sky et l’ouverture du District vidéo lounge, le village a surtout écopé en termes de pertes avec notamment la fermeture du mythique Drugstore en 2013, un prolifique bar qui fut une rampe de lancement pour plusieurs de nos drag-queens.

La fermeture du club le Parking qui a mené leurs propriétaires à concentrer leurs activités vers le nouveau club qu’ils ouvraient, l’Apollon, a échauder le paysage pendant un temps. Des difficultés ont mené à sa fermeture imminente avant de voir émerger différentes bannières dont la dernière à s’afficher sur l’enceinte du bâtiment historique situé au 1450 rue Ste-Catherine E. sera le club Play. Ce dernier a fait une place de choix aux drags au sein de son personnel.

La direction du complexe Sky a pris une surprenante décision il y a quelques années en mettant un terme aux spectacles de drags. Celles-ci sont revenus récemment sous une formule late night sous l’appellation Flashqueen que l’iconique drag de l’établissement, Emma Dejavu, mène désormais seule tous les jeudis soir.

L’Otre-Zone de Sherbrooke un parcours en montagnes russes malgré lui en raison de ces deux fermetures d’origine criminelle. Heureusement, le bar du giron de l’Estrie a réouvert dans la dernière année avec l’incomparable Rita Baga comme directrice artistique.

Le Drague de Québec qui régnait depuis des années à droit désormais à une seine compétition avec le St-Matthews qui tire son épingle du jeu et l’arrivée de la soirée Queen’s night qui démarrera le soir du réveillon du nouvel An à l’Anti bar & spectacle, menée par Nicky Gee.

L’éclosion du phénomène drags brunchs a mené à prolifération des spectacles de drags là où on ne les attendait pas :  le Grumman78, la Dînette à Mado et le Resto du village, pour ne nommer que ceux-là.

 

LA CROISSANCE DE LA PRÉSENCE DES DRAGS EN RÉGION

À lire aussi: Le portrait de Gina Gates

Plusieurs occasions se sont présentées à nos drags pour aller faire des spectacles hors des grands centres. Des spectacles de drag-queens ont notamment été offerts à Joliette, La Baie, Rimouski, Rouyn-Noranda, St-Jean-sur-Richelieu et St-Jérôme. D’ailleurs, Rainbow a récemment annoncé, en cette période des Fêtes, qu’elle partira en tournée dans une dizaine de municipalités en 2020, suivant ainsi le pas à d’autres drag-queens qui l’ont déjà fait dont Dream, Michel Dorion ou encore, Océane.

Il faut mentionner également la présence de bars LGBTQ+ en région, notamment à St-Jérôme, avec le Purple, qui a permis à plusieurs drags de partout en province de venir y performer et de découvrir la talentueuse Lisa Santana, gagnante du Purple’s got talent qu’animait Rita Baga, ainsi que Sherbrooke, avec les Grands-ducs de Wellington et l’Otre-zone. Malheureusement, deux d’entre eux (le Purple et les Grands-ducs) ont fermés dans la dernière année.

Grâce à la directrice artistique aux Grand-ducs, Gina Gates, à la tête de la House of Gates, et différentes initiatives qu’elle a lancée dont Sherby drag race, le giron de l’Estrie a pu bénéficier pendant un temps d’une communauté de drags locales. Montréal a pu découvrir lors de la récente de Drag-moi l’une de ces ambassadrices, Samantha Barnack, qui a depuis migré vers l’Otre-Zone où elle y présente l’académie Baston Barnack avec son complice, Bô Baston.

 

LES SPECTACLES EXTÉRIEURS À GRAND DÉPLOIMENT

Le festival Divers/ Cité, hôte du mythique spectacle Mascara : la nuit des drags, a marqué l’imaginaire de bon nombre de spectateurs au fil des ans. Lorsque le festival a cessé ses activités, les regards se sont tournés vers Dream académie dans le parc, le projet que menait Dream en parallèle de ses soirées du dimanche au Cabaret Mado.

Avec le départ de Dream vers la vieille capitale, où elle est aujourd’hui animatrice maison au bar St-Matthews, Montréal perdait encore une fois un spectacle de grande envergure. Il devenait nécessaire de brasser les cartes et de proposer une nouvelle offre.

C’est alors que le spectacle Illusions a émergé. Un spectacle à grand déploiement mené par la légendaire Michel Dorion. Le spectacle ne cesse de grandir d’année en année. Depuis deux ans, il offre le volet drag challenge des célébrités auquel a déjà pris part Jean-François Breau, Geneviève Borne, PL Cloutier, George Laraque, Caroline Néron et Richard Z. Sirois.

Tel que mentionné précédemment, Mado Lamotte a également trouvé refuge au sein d’un nouveau festival qui lui accordé carte blanche dans son concept. Mado rime désormais avec Juste pour rire.

 

L’OUVERTURE À LA PLURALITÉ DES STYLES/ GENRES

En raison du succès de l’émission RuPaul’s drag race, l’image du drag s’est moulée pour le commun des mortels dans une image figée. Heureusement, au Québec, il existe une offre effervescente de drags. Grâce à diverses initiatives, ces drags ont réussi.e.s à trouver leur place. Même s’il reste du chemin à faire, disons qu’on s’attend à ce que celui-ci soit pavé.

La dernière saison de Drag-moi a été la plus prolifique en ce qui concerne les différents styles de drags. On peut penser notamment à Denim Pussy, Pythia ou encore Zénith.

Plusieurs drags de nos jours ne cherchent pas à être défini.e.s avec l’appellation « queen » ou « king » car ces termes sont trop restrictifs. Plusieurs abondent en ce sens dont Anaconda La Sabrosa, Dot Dot Dot, Heaven Genderfck, LaDrag On-Fly ou encore Matante Alex, qui abordent des personnages plus versatiles dans leur genre ou encore, comme on les surnomme, genderqueer, c’est-à-dire agenre.

Il fut une époque pas si lointaine où ces drags étaient contraint.e.s de performer dans des lieux plus underground, souvent hors du village. Heureusement, plusieurs soirées queer leurs ont ouvert leurs portes. Depuis, les mentalités tendent à changer et un certain renversement semble s’opérer, orchestré notamment par la House of Laureen qui grâce à certains de leurs membres, dont Uma Gahd, des ponts se construisent entre la communauté hors du village et celle qui y est en place.

En espérant que cela se poursuivre!

En demeurant dans ce créneau d’ouverture, la scène drag québécoise a rapidement fait la place aux bio-queens… qui n’aiment d’ailleurs pas qu’on les appelle ainsi puisqu’elles demeures des drags à part entière, nonobstant leur genre. C’est le personnage qu’elles défendent avant tout.

La première gagnante de Drag-moi, Mimi Fontaine, en était une. Il fallut toutefois quelques années avant que leur présence ne soit plus répandue. Aujourd’hui, nous avons notamment la chance de retrouver Daisy Wood, Lizzy Strange, Miss Daniels VyxenVelma Jones et Wendy  Warhol.

Grâce à la participation de Ladypoonana à la docu-série Ils de jours, elles de nuit, cette réalité à pu être expliquée et déconstruire à un plus large public, légitimant ainsi leur présence dans le paysage drag.

 

DRAG-MOI

À lire aussi: Dossier – Drag-moi: l’héritage

Cet automne marque la 11ème saison du populaire concours-école. Depuis son lancement dans la dernière décennie, par Marla Deer, le concours a vu éclore bon nombre d’artistes de grand talent tels que Bobépine, Heaven Genderfck, Prudence, Rock Bière, RV Métal ou encore, Velma Jones.

Le concept est demeuré le même au fil des ans, en perdant toutefois le volet école alors qu’à une époque, ceux et celles qui agissaient comme juges étaient également des professeurs dans différentes disciplines. Aujourd’hui, le concours se vit de manière plus autodidacte.

Son succès ne se dément, comme peut en témoigner le taux de participation record de près d’une trentaine de drags lors des auditons de la présente saison qui se sont tenues au mois de septembre dernier.

Depuis son lancement, nous avons eu droit à une saison « université », avec des drags déjà établies, ainsi qu’une l’édition all stars qui ont respectivement couronné Kitana et Ruby Lamotte.

 

LA PLACE DE LA COMMUNAUTÉ DRAG À JUSTE POUR RIRE

Avec la fin du festival Divers/ Cité et son spectacle phare Mascara : la nuit des drags que menait Mado Lamotte, il était nécessaire que la reine des nuits de Montréal trouve refuge ailleurs avec un spectacle de toute aussi grande envergure.

Une occasion en or s’est présentée pour Mado en 2013, année où elle a entamé l’animation de son spectacle Mado’s got talent au cœur du Quartier des spectacles. La formule du spectacle extérieur changera ces dernières années pour devenir Extravaganza. La récente édition de ce spectacle lui a d’ailleurs valu à Mado le prix coup de cœur du festival. Dans tous les cas, Mado a offert à nos drags locales une belle vitrine grâce à ce spectacle à grand déploiement.

L’arrivée de Mado à Juste pour rire permettra l’année suivante l’arrivée de La Tentation, un chapiteau dans lequel était présenté deux fois par soir des spectacles de drag-queens du Cabaret Mado en alternance.

Rita Baga mettra sur pied Strars : la nuit des sosies, un spectacle de personnification présenté en marge du festival dans le volet Zoofest. Pendant trois soirs, des drags se relaieront pour venir personnifier différentes stars de la chanson.

Depuis le scandale qui a éclaboussé Gilbert Rozon et l’empire qu’il a bâti, lié au mouvement #MeToo, le festival a changé de mains et la nouvelle administration cherche à s’ouvrir à la diversité, notamment avec la communauté LGBTQ+, par l’intermédiaire du volet Zoofest. C’est dans cette optique que plusieurs spectacles thématiques ont vu le jour l’été dernier dont le spectacle Ti-cuir, un hommage queer à Éric Lapointe, une compétition humoristique entre des humoristes et des drag-queens à la manière de La guerre des clans ainsi que les spectacles de la House of Laureen dans le volet anglophone du festival, soit Just for laugh.

 

PROLIFÉRATION DE LA PRÉSENCE MÉDIATIQUE

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L’effet RuPaul’s drag race n’y est sans doute pas étranger, mais disons que plusieurs de nos drags ont bénéficié dans la dernière décennie d’une belle tribune dans les médias.

Le docu-réalité Ils de jours, elles de nuit relayé sur ICI ARTV a sans doute été le moteur de cette locomotive. Cette dernière mettait en vedette Barbada, Rita Baga et Tracy Trash ainsi que Gabry Elle, Lady Boom Boom et Ladypoonana.

Nous avons pu notamment voir ou entendre nos drags telles que Barbada, Chouchoune, Krystella Fame, Mado Lamotte et Rita Baga à différentes émissions dont Bonsoir bonsoir, Le clan MacLeod, Deux hommes en or, On est tous debout, Tout le monde en parle, Un souper presque parfait ou encore Y’a du monde à messe. Nos drags ont également fait des passages remarqués dans le cadre d’émissions spéciales telles La guerre des clans et Max l’affamé en plus d’être à l’honneur dans différents reportages faisant mention notamment des spectacle Les reines de Noë ou Lit queen, le concours Karostar ou encore, sur la communauté drag à Sherbrooke.

Mais ce qui aura sans doute le plus marqué l’imaginaire est la statue de cire à l’effigie de Mado Lamotte au musée Grévin, le passage de Gabry Elle à La Voix cette année, une pléiade de drags dans le cadre de l’émission de fin d’année En direct de l’univers l’an dernier ainsi que la participation de Gisèle Lullaby au vidéoclip de Marie-Mai de sa chanson Oser aimer.

Plusieurss drag-queens ont lancé des chaînes Youtube ces dernières années dont Destiny, Rainbow et Sasha Baga ou des podcasts, comme l’ont fait Barbada et Gabry Elle avec Big, black & beautiful.

Gabry Elle a de plus animée l’émission de radio L’heure des divas sur les ondes de CKRL à Québec.

 

LA RENAISSANCE DES DRAG-KINGS

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Ces dernières années, la communauté drag a pu être témoin de la renaissance des drag-kings. Plusieurs ont vu le jour dont Bigs O’Toole, Charli Deville, Johnny Jones, Phoenix Inana LaBejia, Rock Bière, RV Métal & Will Charmer. Un groupe, appelé One erection, a même vu le jour avec certains d’entre eux.  Nous avons notamment pu les voir dans le cadre du spectacle extérieur Extravagaza que Mado Lamotte présente depuis deux été dans le cadre du festival Juste pour rire.

C’est lors de MX Fierté Canada en 2017 que nous avons vu les premiers drag-kings revenir à l’avant-scène puisque le concours était ouvert à tous les types de drags. Celui qui aura marqué la compétition et sans doute inspiré une relève à emboîter le pas est feu Justin Tinderfake, devenu Justin Sanity, avant qu’on ne le connaisse aujourd’hui sous l’identité de Wendy Warhol, une prolifique drag-queen.

Aujourd’hui, les drag-kings occupent une place importante dans la communauté. En effet, ils peuvent depuis deux saisons prendre part à Drag-moi, qui n’a d’ailleurs couronné que des drag-kings depuis leur éligibilité. Autrement, certains ont eu droit à un week-end au Cabaret Mado, la House of Laureen a mis sur pied le concours King of kingz présenté au Café Cléopâtre alors que Charli Deville présente Manspread, un spectacle mensuel consacré à cent pour cent aux kings.

Plusieurs ont pu prendre part à un numéro lors du spectacle Illusion mené par Michel Dorion alors que Charli Deville a eu droit à une place de choix lors de la mi-temps du spectacle Drag supertars, tous deux présentés lors de Fierté l’été dernier.

Rock Bière a eu droit à une belle couverture médiatique en raison de son spectacle à venir Rock Bière : le documentaire qui s’intéresse à la présence des femmes dans le milieu drag, donc de surcroît, les drag-kings. Les drag-queens étant plus mainstream, la réalité des drag-kings demeuraient encore dans l’ombre. Ce projet permettra d’établir un passage entre l’ombre et une certaine mise en lumière.

 

RITA BAGA

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Rita Baga est sans doute la drag-queen ayant le plus marqué la dernière décennie. Voici un survol, pas exhaustif à cent pour cent, mais qui relève tout de même les éléments clés.

Elle a obtenu sa première chance officielle en animation au Cabaret Mado suite au départ de Dream vers Québec en héritant de la soirée du dimanche, qui deviendra Bagalicious, qu’elle a animera pendant 4 ans. Le format de sa soirée est allé au-delà du Cabaret Mado en devenant un spectacle mensuel présenté au bar Le Drague de Québec. À l’automne 2018, Mado Lamotte lui fait l’honneur de lui céder sa mythique soirée du mardi. Rita Baga délaisse alors son animation du dimanche aux mains de ses amis, le trio formé de Gisèle Lullaby, Marla Deer et Tracy Trash. Les nouveaux mardis prendront le nom de Haus of Baga.

Nous avons également pu voir Rita Baga dans différentes émissions. Outre la docu-série Ils de jour, elles de nuit qui fut diffusé sur ICI ARTV, nous avons pu notamment la voir deux fois plutôt qu’une à La guerre des clans ainsi qu’à Bonsoir bonsoir, Max l’affamé et Salut, bonjour week-end en plus de l’entendre à l’émission radiophonique Le clan MacLeod.

Rita Baga marquera également la dernière décennie avec ses projets ambitieux.

En janvier 2017, elle lance le concours MX Fierté Canada, un concours pancanadien qui aura rallié plus d’une centaine de drags au pays. Elle récidivera les deux années suivantes en proposant une version locale, ouverte seulement aux drags du Québec. Ces différentes éditions auront couronné respectivement Barbada, Tracy Trash et Marla Deer. Sa notoriété lui aura permis de rallier des personnalités notoires pour joindre le panel de juges lors des dernières étapes du concours telles que Arianne Moffat, Laurence Nerbonne, Safia Nolin, Valérie Roberts ou encore les drags de RuPaul’s drag race Yara Sofia, Ivy Winters et Jiggly Caliente

C’est notamment grâce à Rita Baga que le concept du gala des drags a survécu au départ de Dream, celle qui tenait cet événement festif comme un produit dérivé de sa soirée Dream académie. Cette nouvelle mouture du gala, qui aura pris quelques temps avant de refaire surface, a permis de rétablir les ponts entre le Cabaret Mado et le bar Le Cocktail, les deux établissements où le gala a été présenté, à l’exception de la fois où il s’est déroulé au National, animé par l’humoriste de la relève Christine Morency.

Sa position à titre de responsable de la programmation de Fierté Montréal lui aura permis de se mettre à l’avant-scène lors d’événements d’envergures tels que la coanimation du spectacle phare Drag superstars présenté dans le cadre de Fierté, les spectacles de la mi-temps de ce dernier ainsi que l’édition hivernale au Casino de Montréal de ce même événement. En plus de ces spectacles, Rita Baga a partagé la scène aux côtés de Brooke Lynn Hytes et Derrick Barry lors de leur passage respectivement au Cabaret Mado et au bar Le Drague de Québec.

Rita Baga fut l’investigatrice de spectacles d’envergures dont Stars : la nuit des sosies, un spectacle de personnification, présenté en marge du festival Juste pour rire au Zoofest, ainsi que le spectacle A bloody valentine avec le candidat vedette de Dragula, James Majesty, présenté au Cabaret Mado un certain soir de St-Valentin 2018. L’hiver dernier, elle lança une tournée de spectacles, Les reines de Noël, une production musicale originale, avec plusieurs de ses consœurs, qui aura fait le tour de la province, de Montréal à Québec, en passant par Sherbrooke, Gatineau et Rouyn-Noranda.

Finalement, Rita Baga fut nommée directrice artistique de l’Otre-Zone, seul bar LGBTQ+ encore en activité à Sherbrooke, suite à sa réouverture dans la dernière année.

Avec son absence dans les dernières semaines, tout porte à croire qu’elle fera partie de la production de Drag race Canada relayé sur Crave l’hiver prochain… ce n’est pas rien!!

 

Comme la fin de l’année approche à grand pas et de surcroît, la décennie, j’ai voulu m’interroger sur le tournant important qu’a emprunté la communauté drag ces dernières années. Ce tournant s’est manifesté de différentes manières, que ce soit par la croissance de leur présence médiatique, la prolifération des bars qui présentent des spectacles de… Lire la suite Rétrospective drag de la décennie 2010-2019

Dossier

« L’appel » du drag avec 4 candidat.e.s de Drag-moi

Depuis son arrivée en ondes en 2009, la télé-réalité américaine RuPaul’s drag race nous confronte à un rapport idyllique du drag, nous faisant ainsi oublier les tenants et aboutissants du parcours que peut emprunter une drag-queen lorsqu’elle décide de se lancer dans ce milieu de plus en plus contingenté, non pas pour son accessibilité mais les occasions qui en découlent. Différentes institutions québécoises qui présentent des spectacles de drag-queens offrent depuis quelques années des concours qui font place à la relève tels que Dragwarts au bar Le Drague de Québec ou encore Miss Cocktail au bar le Cocktail, situé au cœur du village gai de Montréal. Dans le cadre de ce dossier consacré à « l’appel » du drag, j’ai décidé de m’entretenir avec des drag-queens issues de la présente saison de Drag-moi, un concours-école ouvert à la relève, relayé chaque mercredi depuis le début de l’automne. Afin d’orienter l’article vers une réflexion plus nichée, je me suis intéressé à des parcours atypiques. D’abord, avec deux concurrentes qui ont débuté leur carrière en région, soit Lisa Santana et Samantha Barnack, qui ont respectivement débuté leur carrière et St-Jérôme et Sherbrooke. Puis, je me suis intéressé à deux autres concurrentes qui ont fait le saut d’un autre art de la scène au drag, soit Lady Guidoune, icône de Gailaxie, et Zénith, danseur émérite de la communauté drag depuis plusieurs années. Je vous invite à découvrir le compte-rendu de mes entretiens avec ces artistes prolifiques qui concourent tous afin de remporter les grands honneurs de cette 11ème saison de Drag-moi.

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« L’APPEL » EN RÉGION – DE ST-JÉRÔME À SHERBROOKE

Tant pour Lisa Santana que pour Samantha Barnack, leur début dans ce milieu ne s’est pas opéré de manière conventionnelle.

En effet, Lisa a fait ses premiers pas officiels lors du concours Purple’s got talent, un concours de talent orchestré par le défunt Purple cabaret-spectacle-nightlcub de St-Jérôme. Sa première expérience, plus officieuse, a lieu dans le cadre d’un concours similaire mené par l’organisme Arc-en-ciel d’Afrique. Ainsi, Lisa a affronté toutes les étapes de ce concours jusqu’en finale dans l’optique de vivre l’expérience, comme une chose à faire dans sa bucket list, sans toutefois aspirer à en faire au-delà des limites du concours.

Compte tenu de la nature de son emploi civil à l’époque, elle ne pouvait pas se permettre de participer à ce genre de concours dans les grands centres. Elle trouvait que le faire à St-Jérôme lui accorderait une certaine sécurité.

Pour sa part, Samantha Barnack a fait ses débuts suite à une blague qui s’est retournée contre elle. Lors d’un événement, Samantha s’est présentée à une dame comme étant drag. Cette information ne sera pas tomber dans l’oreille d’une sourde puisque cette dernière contactera Samantha quelques mois plus tard afin de se produire lors d’un spectacle dans une salle underground à Sherbrooke.

Miss Fountain, présente dans la foule de cette soirée, élue miss personnalité du concours Sherby drag race, repèrera Samantha et la conviera à prendre part à ce même concours présenté au feu Grands-Ducs de Wellington.

Samantha sera entraînée rapidement dans un grand tourbillon qui ne lui laissera que très peu de temps pour se garder la tête hors de l’eau et ainsi pouvoir se faire une idée face à tout ce qui se passait. En effet, dans la même période, une équipe de Radio-Canada – Estrie viendra faire un reportage, elle sera l’une des têtes d’affiche d’un documentaire étudiant, on fera mention de son alter ego dans un article publié dans un journal local en plus de se joindre à une cohorte de consœurs venue présenté un atelier de « drag 101 » lors d’un cours à l’université.

Nonobstant la manière dont les choses se sont déroulées pour elles en début de carrière, elles sont conscientes de la force de leur personnage et de ce qu’elles cherchent à venir défendre avec celui-ci.

La victoire de Lisa au Purple’s got talent a réveillé son côté artistique, réprimé par le sérieux imposé par ses emplois civils. Inspirée par son numéro lors duquel elle s’était faite confectionner un costume par une femme d’origine gabonaise, Lisa a cherché à exploiter sa drag d’un point de vue culturel. Son nom de scène reflète également cet aspect puisque Lisa est la version féminine de son prénom alors que Santana fait référence à son nom de naissance, avant l’adoption.

Même son de cloche du côté de Samantha, dans le sens où le profil de son personnage est déjà défini. Désireuse de rester loin de la vulgarité, Samantha cherche davantage à mettre en lumière une parodie de la femme des années 1950s, une version extrême de la femme de maison parfaite. Elle cherche à rendre risible ce qui est attendue de la femme, arriver à en rire. Il y a dans son approche un côté féministe et revendicateur.

 

L’APPEL – DE L’IMPRO & LA DANSE AU DRAG

C’est à force de côtoyer des drag-queens sur une base régulière que Lady Guidoune et Zénith ont fini par se laisser tenter par l’expérience du drag. Étant membre de la Gailaxie, Lady Guidoune partageait la glace avec certaines d’entre elles dont Marla Deer et Tracy Trash en plus d’en côtoyer quelques-unes qui assurent l’animation lors des soirées de matchs. Pour sa part, Zénith a le loisir depuis prèes de 8 ans de fouler les planches avec bon nombre d’entre elles.

Avant d’être de la présente saison de Drag-moi, Lady Guidoune avait tenté l’expérience du drag au début de l’année à l’occasion de l’édition 2019 de MX Fierté Montréal. C’est sans prétention que Lady Guidoune a abordé ce concours. Elle cherchait surtout à se donner le coup de pied qu’il fallait avant d’aller de l’avant de manière plus officielle. Cette incursion lui aura prouvé que le drag pouvait s’insérer dans son horaire de fou. Il lui était nécessaire d’aller chercher la motivation nécessaire afin de défaire son symptôme de l’imposteur.

Autant Lady Guidoune que Zénith reconnaissent le bagage que leur art de la scène respectif leur a insufflé au fil des ans, à commencer par la confiance. Pour Zénith, ce n’est pas l’aspect scénique qui le rendait réfractaire à se lancer dans le métier, mais plutôt qu’il ne se reconnaissait pas dans l’offre qu’il y avait dans le village.

C’est en fréquentant des soirées queer hors du village que le déclic lui est venu, qu’il pouvait se lancer, ayant pour la première des référents qui l’interpellaient. Ces différentes sorties lui auront permis de définir les contours de son alter ego. L’idée d’un potentiel intérêt est né suite à la diffusion du premier défi club kid lors d’un épisode de RuPaul’s drag race.

À l’instar de Lisa et Samantha, leurs personnages ne se sont pas définis aussi rapidement. En effet, pour Lady Guidoune, elle a longtemps senti que son personnage se trouvait entre deux chaises, c’est-à-dire qu’il n’était jamais une version totale de Lady Guidoune, comme si son pendant masculin venait toujours interférer, ne laissant jamais la chance à Lady Guidoune de prendre toute la place qui lui revenait.

Du côté de Zénith, comme il le fut mentionné précédemment, les contours se sont définis rapidement, mais il restait encore des éléments à clarifier. Lors de son audition pour Drag-moi, on sentait encore une certaine recherche identitaire de la part de Zénith qui n’a pas tardé à s’essouffler au fil des semaines. Il était important pour lui de pas se souscrire à un genre en particulier. Il fallait qu’on lui accorde sa pleine liberté dans la fluidité des genres, c’est pourquoi il apprécie quand Marla présente les élèves comme des « créatures », ça fait moins restrictif.

 

Ce que j’ai pu retenir de mes entretiens auprès de Lady Guidoune, Lisa Santana, Samantha Barnack et Zénith est que l’appel est venu lorsqu’elles ont compris qu’elles avaient quelque chose à défendre. Cette pluralité des genres et cette diversité transparaissent plus que jamais dans la présente saison de Drag-moi, tant chez eux qu’auprès des autres candidats. Il s’agit de l’une des saisons les plus éclectiques où chacun arrive à faire une différence en lien avec une valeur profonde qui transparait dans pratiquement toutes leurs performances. Ces artistes sont les ambassadeurs d’un tourant majeur qui opère actuellement dans le milieu. Je leur souhaite tout le succès qu’il soit une fois que le concours sera terminé puisqu’ils ont tous et toutes leur place dans l’effervescente offre qui existe ici, chez nous.

Depuis son arrivée en ondes en 2009, la télé-réalité américaine RuPaul’s drag race nous confronte à un rapport idyllique du drag, nous faisant ainsi oublier les tenants et aboutissants du parcours que peut emprunter une drag-queen lorsqu’elle décide de se lancer dans ce milieu de plus en plus contingenté, non pas pour son accessibilité mais… Lire la suite « L’appel » du drag avec 4 candidat.e.s de Drag-moi

Dossier

La renaissance des drag-kings & leurs défis

Depuis les dernières années, la scène montréalaise jouit de la renaissance des drag-kings grâce à de fiers représentants qui ont su redorer l’image de cette profession laissée trop longtemps dans l’ombre. C’est dans le décor enchanteur du Café Reine Garçon, situé sur le Plateau-Mont-Royal, que Charli Deville, Will Charmer et Rock Bière m’ont donné rendez-vous afin de discuter de ce phénomène qui sévit dans l’univers du drag de manière positive. Je vous invite à prendre connaissance du compte-rendu de cet entretien.

À lire aussi: Entrevue avec Velma Jones & Justin Tinderfake – femme drag queen vs king

À lire aussi: On dira ce qu’on voudra: Comment les drag-kings subvertissent le patriarcat 

Avant toute chose, laissez-moi vous dresser un court portait des drag-kings qui ont collaboré à cet article.

 

CHARLI DEVILLE

 

C’est à l’issue du concours King of kingz, en 2018, que la carrière de Charli Deville a démarrée. Dès ce soir-là, Charli fut adopté par Uma Gahd, joignant du même coup les rangs de la House of Laureen, hôtesse du concours.

Charli s’était lancé dans l’aventure sans aucune attente. Sa participation au concours était non seulement sa première expérience scénique, mais également son premier contact avec l’univers des drag-kings. À sa grande surprise, la salle était comble au moment de concourir à King of kingz.

La suite des choses s’est présentée d’elle-même. À ce jour, Charli peut se targuer d’être à la barre de la seule soirée exclusivement dédiée aux drag-kings au Québec. À raison d’une fois par mois, Charli anime la soirée Man Spread au Wiggle Room.

Charli fut également retenu comme élève lors de la 10ème saison de Drag-moi au Cabaret Mado. L’été dernier, à l’occasion de Fierté Montréal, il eut la chance d’être l’une des têtes d’affiche du spectacle de la mi-temps de l’événement phare du festival, Drag Superstar, aux côtés de Rita Baga, Barbada & Jimmy Moore.

 

WILL CHARMER

Gradué de la 9ème saison de Drag-moi, Will Charmer a marqué l’imaginaire en devenant le premier drag-king à décrocher une place dans le populaire concours-école. Will a également marqué un grand coup en devenant le premier drag-king à s’être vu attribuer un contrat de fin de semaine au Cabaret Mado.

Rapidement, Will a trouvé refuge au sein de l’emblématique famille Deer en se faisant adopter par Marla Deer, gagnante la dernière édition de MX Fierté Montréal.

Ce qui interpella Will dans l’univers du drag est l’amalgame de tous ses intérêts, allant du théâtre à la création de concepts. Depuis peu, Will a migré vers la vieille capitale où il a la chance de performer au sein de l’équipe du bar Le Drague. Ce cabaret-spectacle met davantage de l’avant de grosses productions d’inspiration théâtrale ou de style musical que ses homologues montréalais.

Sa présence au bar Le Drague aura inspiré le jeune Penito à participer aux Auditions d’une star menées par Sitvy en tant que drag-king, ouvrant ainsi la voie à une relève locale.

 

ROCK BIÈRE

Issu de la même cohorte que Charli, Rock Bière marqua l’aventure Drag-moi en devenant le premier drag-king à mettre la main sur la couronne.

Il fut repéré par l’humoriste Thomas Leblanc lors de sa saison, le menant à participer à un hommage queer à Éric Lapointe intitulé Petit cuir dans le cadre du Zoofest en marge du festival Juste Pour Rire.

Innocent face à l’univers qu’il convoitait, Rock Bière a ensuite enchaîné les concours de drag-kings. En quête d’expérience, il prit part lui aussi à King of Kingz, la même année que Will Charmer, lors de laquelle Charli était juge, ainsi qu’à Sherby King Race au défunt Grands-Ducs-de-Wellington de Sherbrooke.

C’est un grand tourbillon qui a suivi sa victoire à Drag-moi. Rock Bière a notamment offert un numéro dans le cadre du spectacle-événement Illusion, chapeauté par Michel Dorion, lors de Fierté Montréal l’été dernier. Il fut également le premier drag-king, aux côtés de sa douce moitié, RV Métal, à offrir une prestation au camping Domaine de la Fierté, un camping exclusivement réservé aux hommes.

Il travaille actuellement sur un spectacle intitulé Rock Bière : le documentaire que nous attendons pour l’automne 2020. Un projet ambitieux pour lequel Rock a tenu une soirée de financement dans la dernière année.

 

LES OBSERVATIONS

L’art du drag-king se révèle plus autodidacte que ce ne l’est pour les drag-queens. D’abord, il y a peu de représentation locale de qui s’inspirer. Ceux qui ont débuté dans le métier ces dernières années agissent aujourd’hui comme références pour ceux qui suivront. Leurs récentes opportunités leur ont permis d’atteindre un statut plus mainstream, ce qui n’était pas le cas au paravent.

Parmi les autres difficultés rencontrées, on peut penser à la quasi absence de tutoriel sur internet. Toute la technique entourant les rudiments sur le makeup ou encore, savoir comment camoufler ses seins, se font par un système d’essais et d’erreurs. Afin de palier à cette lacune, Charli a commencé à offrir des vidéos sur YouTube dans l’optique d’aider son prochain.

Charli souligne que, comparativement à nos drag-queens locales qui souffrent de la comparaison grandissante de leur équivalentes américainse, en raison du succès de la télé-réalité RuPaul’s Drag Race, les drag-kings arrivent à s’en défaire. En effet, comme leur existence demeure plus méconnue, même à l’intérieur de la communauté au sein de laquelle ils évoluent, les comparatifs sont moins évidents.

Will nuance toutefois en soulignant que malgré tout, certaines attentes subsistent, notamment en ce qui concerne le look. Les drag-queens américaines ont imposé un certain standard duquel il est difficile de se défaire. L’un des défis qu’il a rencontré en début de carrière est la limitation de ses costumes. Il a rapidement senti le besoin de se grailler en ce sens afin de se prévaloir d’un plus large éventail de choix pour ne pas qu’on lui reproche d’être redondant. Wendy Warhol, feu Justin Tinderfake, l’a beaucoup aider à se ravitailler lorsqu’elle arrêter de faire du drag-king, chose pour laquelle Will lui est encore extrêmement reconnaissant.

Malgré les standards sous-jacents imposés par leur univers sœur, les drag-kings présents ces dernières années cherchent à ne pas se catégoriser dans un genre distinct et fermé. La soirée que mène Charli Deville est une porte ouverte à tous les types de drag-kings lors de laquelle ils peuvent flirter à la fois avec le politique, le burlesque ou encore l’androgynie.

La présence des drag-kings a proliféré au moment où ils ont été traités à leur juste valeur, c’est-à-dire plus que des featuring performance dans des numéros de drag-queens. Lorsqu’on reconnaît leur unicité et, comme le souligne Rock Bière, en considérant le renouveau du registre musical qu’ils insufflent, on remarque rapidement toute la pertinence de leur présence dans le paysage culturel.

Les drag-kings ont obtenu le support d’alliés forts tels que Mado, qui leur a non seulement ouvert la voie en leur accordant des contrats de fin de semaine, mais en leur offrant des opportunités d’envergures.

En effet, l’été dernier, Mado les a conviés à livrer un numéro lors de son spectacle Extravaganza présenté dans le cadre de Juste Pour Rire. Une communauté de drag-kings montréalais est réunie sous la bannière One érection, un groupe parodique dont le nom fait écho au groupe One direction, formé en alternance de Charli Deville, Will Charmer et Rock Bière, mais également de Johnny Jones, Miss Daniels Vyxen et Daisy Wood.

Autrement, la clé est de provoquer ses opportunités. C’est ce sur quoi Rock Bière mise et cela lui a rapporté. En tant que comédien de formation, c’est ce qu’il a appris. Il tend à appliquer cette réalité d’un univers à l’autre. Le pire qu’il puisse arriver est un refus, mais on ne pourra jamais lui reprocher de ne pas avoir essayé.

Il y a tant à dire sur le sujet… tout ce qu’on peut dire, c’est qu’on est bien content qu’ils soient de retour plus officiellement dans notre paysage culturel.

 

La prochaine soirée Man Spread – spéciale Halloween se tiendra le samedi 24 octobre au Wiggle room en compagnie de Denim Pussy, MX Macbeth, Natasha Nebila, Pythia & Uma Gahd.

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Charli Deville et Rock Bière vous attende le mercredi 2 octobre prochain avec les autres gradués de la 10ème saison de Drag-moi, Eva Moist, Kiara, Lana Dalida, Mademoiselle De, Manu Sirius & Matante Alex, avant le dévoilement des candidats de cette nouvelle saison.

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Par ici pour suivre sur Facebook…

Charli Deville

Will Charmer

Rock Bière

 

Crédit photo de couverture: Jihef photos

Depuis les dernières années, la scène montréalaise jouit de la renaissance des drag-kings grâce à de fiers représentants qui ont su redorer l’image de cette profession laissée trop longtemps dans l’ombre. C’est dans le décor enchanteur du Café Reine Garçon, situé sur le Plateau-Mont-Royal, que Charli Deville, Will Charmer et Rock Bière m’ont donné rendez-vous… Lire la suite La renaissance des drag-kings & leurs défis

Dossier

Vivre sa transition quand on est drag d’après l’histoire de Sasha Baga

Suite à une expérience concluante dans le cadre de l’événement GAYment à La Ronde où elle y performe la chanson Feedback de Janet Jackson, ce sera officiellement en 2011 que Sasha Baga démarrera sa carrière comme drag-queen au défunt Drugstore.  Près de 2 ans plus tard, Sasha est invitée en audition à Dream académie. Ce sera le début d’une longue histoire d’amour avec le Cabaret Mado qui ne dérougit pas. Après près d’une décennie à faire raisonner son nom sur la scène drag, la dernière année fut particulièrement gratifiante pour Sasha alors qu’elle complétait le podium lors de la dernière édition du concours MX Fierté Montréal en plus d’être retenue afin de joindre la troupe des Pussycat drags et d’avoir la chance de clôturer Fierté avec un numéro enflammé lors du T-Dance. Entre ce début de carrière et ces événements des derniers mois, Sasha a eu à composer avec sa dysphorie de genre, ce qui la mènera à entreprendre le processus de transition. Sasha a accepté de revenir avec moi sur les défis qu’elle a rencontré liés à sa transition alors qu’elle évolue en tant que drag-queen.

 

C’est en 1985 qu’un certain Benoît Boucher-Godmer voit le jour dans la charmante municipalité d’Amos en Abitibi-Témiscamingue. Dans une vidéo diffusée récemment sur sa chaîne Youtube Sashanel, Sasha révèle que son questionnement d’identité de genre date d’un bon moment déjà, mais que celui-ci fut réprimé en bas âge, sans toutefois que ce ne soit de mauvaise foi de la part de ses parents. Ce n’est qu’à ses débuts comme drag-queen que Sasha développe un engouement pour les vêtements féminins. En fait, dès l’adolescence, Sasha cesse de porter des pantalons pour garçons. Le fait d’être drag-queen le conforte dans ses choix vestimentaires, la rendant même plus à l’aise d’arborer certains looks jugés plus féminins dans sa vie de tous les jours.

 

En début de carrière, Sasha cherchait à avoir un personnage qui se distinguerait par sa féminité, pour qui le makeup serait plus atténué, moins marqué à gros traits. Le fait de se faire complimenter tant par ses consœurs de scène que le public accentuait cette volonté de demeurer dans cette veine. C’est à cette époque que le questionnement d’identité de genre a récidivé… mais cette fois-ci, il allait s’installer jusqu’à éclore officiellement en 2016, année lors de laquelle Sasha a entrepris les démarches en vue de sa transition.

 

Sasha a pris la décision audacieuse de prendre son nom de scène comme prénom usuel. Elle explique ce choix du fait que, depuis son début de carrière, ce nom, elle se l’est approprié. C’est grâce à Sasha Baga que Sasha Boucher-Godmer est devenue la personne qu’elle est. De cette manière, Sasha perdurera dans le temps et survivra au personnage de scène une fois que sa carrière sera terminée.

 

Ce choix lui aura fait réaliser la différence entre Sasha Boucher-Godmer et Sasha Baga. Elle s’en est servi pour établir qu’elles étaient désormais les limites que Sasha Baga ne pouvait plus franchir sur scène. Elle a trouvé l’équilibre entre elle et son alter ego.

 

Afin d’établir davantage la distinction entre elle et son personnage de scène, Sasha a redéfinit certains aspects de ce dernier. Elle aborde désormais son alter ego avec plus d’extravagance, elle lui fait prendre plus de risque, elle le rend plus comique, se risque davantage et s’amuse beaucoup plus avec son mekeup. Ces décisions étaient nécessaires car autrement, il y avait trop de similitude, tant dans l’attitude que dans les looks de l’une et l’autre.

 

Sasha aborde le drag comme un métier. Le fait d’être en transition n’allait d’aucune façon la faire arrêter. Évidemment, elle a rencontré des défis qu’elle a su surmonter et adapter. Au final, cela n’aura servi qu’à parfaire son alter ego et la rendre meilleure. Sasha est une artiste qui vit pour la scène, elle ne saurait s’en détacher. Il est essentiel pour elle de faire du spectacle car c’est son moteur, c’est lui qui permet de se challenger au quotidien.

 

 

Vous pouvez suivre Sasha Baga sur sa chaîne Youtube

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Sasha sera à la barre de la soirée Sashalicious le jeudi 5 septembre prochain.

Suite à une expérience concluante dans le cadre de l’événement GAYment à La Ronde où elle y performe la chanson Feedback de Janet Jackson, ce sera officiellement en 2011 que Sasha Baga démarrera sa carrière comme drag-queen au défunt Drugstore.  Près de 2 ans plus tard, Sasha est invitée en audition à Dream académie. Ce… Lire la suite Vivre sa transition quand on est drag d’après l’histoire de Sasha Baga

Dossier

Canada’s drag race: mes aspirations

Depuis 2009, après 11 saisons régulières, l’émission RuPaul’s drag race continue d’attiser l’intérêt. En effet, depuis 2016, l’animatrice et investigatrice de cette télé-réalité d’envergure, RuPaul, a réussi un tour du chapeau en mettant la main sur 3 trophées Emmy en autant de nomination. Nous verrons cet automne si la tendance s’essoufflera… ou pas. L’annonce avait été faite qu’une version britannique verrait le jour, mais nous apprenions plus récemment que la chaîne en streaming Crave de la société Bell Média en collaboration avec Out.TV allait lancer prochainement une version canadienne intitulée Drag race Canada. Pour le moment, nous n’en savons que très peu sinon que la série se déclinera en 10 épisodes d’une heure. L’identité de la personne qui animera ainsi que les juges n’ont pas été divulgués. L’émission tournée à Toronto sera produite par Blue Ant Studios. Depuis maintenant 4 ans, j’ai la chance de couvrir l’univers du drag à Montréal, c’est pourquoi j’ai décidé d’offrir un petit diagnostic sur les chances qu’ont nos drag-queens locales de trouver leur place dans cette édition pancanadienne.

Avant toute chose, je souhaite que la version qui verra le jour chez nous sache faire la place aux différents types de drag-queens qui s’adonnent à cet art de la scène. La diversité est perceptible et ce serait dommages que la production se limite. Le piège dans lequel elle pourrait tomber est de sombrer dans un faible pastiche de ce qu’est la version originale sans prendre en considération la réalité d’ici et l’effervescente offre qui existe. Comme mon blogue ne ratisse pas aussi largement, je me contenterai de faire la promotion de celles qui proviennent de notre Belle Province car j’espère qu’elles occuperont une place de choix dans cette compétition colorée.

Plusieurs drag-queens établies qui travaillent depuis un bon nombre d’années méritent leur place dans cette compétition. On peut penser notamment à des légendes de la trempe de Michel Dorion ou Manny qui, après plusieurs décennies dans le métier, continuent de parfaire leur alter ego, de se tenir au goût du jour et de prendre des risques. On peut également penser à des piliers tels que Barbada, Tracy Trash et Marla Deer, toutes élues MX Fierté respectivement en 2017, 2018 et 2019. Ce sont des artistes créatives, audacieuses et travaillantes. Les efforts déployés par plusieurs de nos drag-queens afin d’élargir leur expertise au-delà de la scène comme l’ont fait Rita Baga, Miss Butterfly et Gisèle Lullaby avec notamment des productions originales hors de la communauté LGBTQ+ ou encore des chaînes Youtube méritent d’être souligner. Une fois la compétition terminée, on s’attend à ce que leur victoire ne se limite pas qu’à un titre, mais qu’il leur permettre de briser de nouvelles barrières. Ces drags ont déjà mis la table… accueillons le reste des convives. À ce propos, on salue l’annonce de Rita Baga à titre de collaboratrice à l’émission de fin de soirée estivale Bonsoir, bonsoir diffusée à ICI Radio-Canada télé dès le mois d’août ainsi que le passage remarqué de Barbada sur le plateau de Y’a du monde à mess chauffé par Christian Bégin sur les ondes des Télé-Québec.

Il faut aussi miser sur la diversité, permettre notamment à des drag-queens trans bourrées de talent telle que Sasha Baga d’avoir leur place, à des bio-queens qui ne cessent de surprendre comme Velma Jones et Wendy Warhol et même à des drag-kings dont plusieurs sont parvenu à redonner les lettres de noblesse à cette profession. On peut penser à Charli Deville ou encore Rock Bière. Il ne faut pas non plus avoir peur de faire place à des artistes marginaux ou ceux aux univers déjantés à l’image (tellement variée) de Heaven Genderck, Uma Gahd, LaDrag On-Fly, Petula Claque, Gina Gates ou encore Matante Alex. Des drags de relève pour qui leur jeune carrière ne laisse personne indifférente, de Kiara à Aizysse, en passant par Bobépine et Viola von Venom… plusieurs ont leur chance.

Si la version canadienne repose sur la même formule que la version américaine, il ne faudrait pas oublier parmi nos drags celles qui font preuve de polyvalence en s’adonnant à la coiffe de perruque ou à la confection de costume. Il nous faudrait alors des Peach, Ruby Doll ou Érica pour challenger les autres concurrentes avec des créations renversantes.

Si l’on s’intéresse à la polyvalence sous un autre angle, on pourrait le voir aussi du côté des talents artistiques divers que peuvent avoir les drags. Dans cette optique, on peut penser à des drag-queens comme Gabry Elle qui chante, ayant même été de la récente saison de La Voix à TVA, comme Rainbow qui fait flirtent avec le cirque et le burlesque ou encore Scarlett Business, une contorsionniste.

Différents défis de la populaire émission comme le traditionnel Snatch game, dont la formule a trouvé refuge jusqu’à la Fête Arc-en-ciel de Québec, nécessite d’avoir des drag-queens pour qui la comédie est une seconde nature. Les style d’humour sont tellement variés qu’on peut penser à bon nombre de nos drags telles qu’Anaconda La Sabrosa, Bambi Dextrous, Darleen, Kelly Torrieli, Kitana, Prudence, Sandy Hart et j’en passe.

Nous avons également un bassin de drag-queens qui provoquent « l’effet wow » dès qu’elles posent le pied sur scène que ce soit par leur makeup, leur prestance ou la magnificence de leur costume. En ce sens, je pense notamment à des drag-queens telles que Phoenix Vyxen, Krystella Fame, Adriana ou encore Peggy Sue.

Bref, je tiens à réitérer que je souhaite toute l’ouverture qui s’impose dans cette compétition… les drag-queens mentionnées précédemment ne sont que des exemples. Il y en a tant d’autres qui auraient leur place. Je ne suis pas la police du talent. MX Fierté et Drag moi all stars, notamment, ont démontrés qu’un contexte de compétition arrive à changer la donne et surprendre. Afin de ne pas influencer le regard que je pose sur nos drags locales, je ne me suis pas intéressé plus qu’il ne le fallait au phénomène RuPaul’s drag race. J’ai toutefois accordé à ce qui se fait ici tout l’intérêt qui soit… ce dont je fais mention dans ce billet, je le pense vraiment. Quel que soit la représentation des drag-queens québécoises dans cette adaptation nationale, je serai à l’écoute.

Depuis 2009, après 11 saisons régulières, l’émission RuPaul’s drag race continue d’attiser l’intérêt. En effet, depuis 2016, l’animatrice et investigatrice de cette télé-réalité d’envergure, RuPaul, a réussi un tour du chapeau en mettant la main sur 3 trophées Emmy en autant de nomination. Nous verrons cet automne si la tendance s’essoufflera… ou pas. L’annonce avait… Lire la suite Canada’s drag race: mes aspirations